‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 235 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXXIII

Leurs facultés intellectuelles sont aussi peu développées que leurs facultés morales ; s'ils étaient moins paresseux, et moins indifférens sur tout ce qui les environne, ils auraient plus d'analogie avec les abeilles et les castors qu'avec des hommes. Ils cultivent tous les mêmes plantes, rangent leurs cabanes de la même manière, se nourrissent des mêmes alimens , travaillent le même nombre d'heures, se livrent aux mêmes pratiques (i). Leur industrie se borne à cultiver quelques végétaux , et à fabriquer la toile grossière qui leur sert de vêtemens ; ils ignorent les arts qui sont les plus usuels parmi nous (â). Ils sont d'une telle stupidité, que leur curiosité n'est pas excitée même par les spectacles les plus inaccoutumés, et que, suivant l'opinion même des missionnaires , ils mèurent dans l'âge le plus avancé, sans être jamais sortis de l'enfance (3).

Ces hommes, si stupides, si indolens, qui se laissent fustiger patiemment à la porte des églises, se montrent rusés, actifs, impétueux, cruels,

(1) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales , tome III, liv. m, ch. ix , p. 272.

(2) La Pérouse, tome II , ch. xi , p. 3o8. — Azara, t. II , ch. xiii, p. 25 1.

(3) Bougainville , première part. ch. vu, tome I, p. 129, i3i et i35. — La Pérouse, tome II, ch. xi, p. 293, et3o3. — Ulloa, Discours philosophique, dise, xx, p. 85 et 86. — De Humbolt , Voyage aux régions équinoxiales , tome ni , ch. -vi , p. 5 , 6 et suiv. — Dauxion-Lavaysse , tome I , ch. vi, p. 226 et 227.

chaque fois qu'ils agissent en masse dans une émeute populaire ; leur volonté se réveille avec le sentiment de leurs forces, et ils marchent vers leur but avec une énergie qui leur fait braver tous les dangers (4).

Il est impossible de considérer attentivement l'état social de ces peuples, leurs mœurs, le degré de développement intellectuel qui leur est propre, leur faiblesse quand ils sont isolés, leur énergie quand ils ont secoué le joug de l'autorité, sans être frappé de l'analogie qui existe entre eux et les esclaves des colonies modernes ; la ressemblance est si parfaite qu'elle a été d'abord aperçue par les hommes les plus disposés à rendre justice au zèle des chefs de ces établissemens; la Pérouse, après avoir fait l'éloge de leur sagesse et de leur piété , n'a pii dissimuler les sentimens qu'il avait éprouvés. « J'avoue, dit-il, que plus ami des droits de l'homme que théologien, j'aurais désiré qu'aux principes du christianisme on eût joint une législation qui, peu à peu, eût rendu citoyens des hommes dont l'état ne diffère presque pas aujourd'hui de celui des nègres des habitations de nos colonies, régies avec le plus de douceur et d'humanité (2). »

L'influence exercée par le régime de la communauté de travaux et de biens, sur l'intelligence

(1) De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle -Espagne, tome II, tome II, liv. n, ch vi, page 448.

(2) Tome II , ch. xi , p. 288 et 289.

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