‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 238 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXXIII

leurs administrateurs ont trouvé le moyen de se faire de ce besoin une source de revenus. Plusieurs se sont emparés du commerce de la couleur qui leur sert à se peindre en rouge, et ils la leur vendent à un prix excessif. Ils leur enlèvent ainsi les produits des jours libres qui leur sont laissés (4). A l'aide de ce moyen et d'autres semblables , la plupart parviennent à amasser une fortune que quelques personnes ont évaluée de soixante à quatre-vingt mille piastres , et que les plus modérés ont portée à la moitié de cette somme (â).

Les chefs des communautés ne sont pas seulement les administrateurs des biens communs, ils sont aussi les gardiens de la vertu des filles et des femmes. Deux corps de logis tiennent à la maison du chef principal : dans l'un , on exerce les arts que demandent les besoins communs; dans l'autre, se trouvent un grand nombre de jeunes filles occupées à divers ouvrages, sous la garde et l'inspection de vieilles femmes. Suivant Bougainville, l'appartement du curé communique intérieurement avec ces deux corps de logis (3) • le même fait nous est attesté par La Pérouse : « Les religieux, dit-il, se sont constitués les gardiens de la vertu des femmes. Une heure après le souper, ils ont soin d'enfermer sous clef

(1) De Humboldt, Voyage aux régions équinox. , Liv. vu, tom. IV, page 3 20.

(2) Depons, tome II, cbap. vi, p. i36 et suivantes.

(3) Bougainville, première partie, ch. vu, tome I p. 427.

484 TRATTÉ DE LÉGISLATION.

celles dont les maris sont absens , ainsi que les jeunes filles au-dessus de neuf ans; et, pendant le jour, ils en confient la surveillance à des matrones (i). » La Pérouse ne nous dit pas dans les mains de qui cette précieuse clef reste déposée pendant la nuit; mais il le laisse conjecturer.

En général , les voyageurs parlent peu des mœurs privées des chefs de ces communautés ; maiSj lorsque les jésuites furent remplacés par d'autres religieux, il se répandit en Amérique des bruits qui leur étaient peu avantageux. Bougainville, qui se trouvait alors dans le pays, n'en parle que d'une manière obscure : « Ma plume se refuse , dit-il , au détail de tout ce que le public de Buenos-Aires, prétend avoir été trouvé dans les papiers saisis aux jésuites ; les haines sont encore trop récentes pour qu'on puisse discerner les fausses imputations des véritables (2). »

Lorsque la domination devient lucrative , on cherche naturellement à l'étendre ; c'est ce qu'ont fait la plupart des chefs de ces associations. Quand ils ont commencé à s'apercevoir des avantages que produisait une communauté de travaux et de biens, ils sont allés à la conquête des âmes, conquista de aimas. Au milieu de la

(1) La Pérouse , tome II , ch. xi. — Ce voyageur a vu des hommes au bloc, et des femmes aux fers pour avoir trompé la vigilance de leurs argus.

(1) Bougainville, première partie, chap. vu, tome I, page i3G et 1^7.

Page 1