‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 240 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXXIII

la population ; ce qui lui fournit une occasion de faire voir les malheurs et les vices auxquels donne naissance l'existence de la propriété. Persuadé que l'expulsion des jésuites allait entraîner la chute du système de la communauté des travaux et des biens p Raynal termine son panégyrique en ces termes : « Quoi qu'il arrive , le plus bel édifice qui ait été élevé dans le Nouveau- Monde sera renversé (i). »

Bougainville, avant que d'avoir, vu de près ces communautés , en avait la même opinion que Raynal ; mais il fut proprement désabusé (2).

Les premiers Anglais qui passèrent en Amérique pour s'y établir , formèrent aussi des associations dans lesquelles les travaux et les biens devaient être communs ; les produits qu'ils obtenaient de la terre , étaient enfermés dans des

(r) Histoire philosophique , tome IV, liv. vm, p. 324 et

(2) Tome I, première partie, ch. vu., p. 124 et 125. — Les Missionnaires ne pouvant attribuer l'état stationnaire do leurs peuplades nia leurs institutions, ni à eux-mêmes, Ton t attribué à la nature des peuples; mais il est impossible d'admettre une telle explication, lorsqu'on voit que des peuples de même espèce, qui sont soumis à un régime différent, sont actifs et laborieux , et font des progrès comme les Espagnols. Àzara, tome II, ch. xn, p. 217, — De Humboldt, essai politique sur la Nouvelle-Espagne , tome 11 , liv. 111 , ch. vin , p. 320 et 396. — Voyage aux régions équinoxiales , t. III, liv. ni, ch. ix, p. 264 et a65. — Depons, tome II, ch. vi , page 143 et 144. — Dampier, tome I, ch. v, page i38. — Raynal, tome V, liv. jxpage 111.

488 TUAITÉ DE LÉGISLATION ,

magasins publics , et on en distribuait une partie toutes les semaines \ mais , en peu de temps , les abus devinrent tellement graves, que les membres de ces associations furent obligés de se séparer (4).

Les Frères Moraves, quoique soutenus par le zèle religieux , ont trouvé tant d'inconvéniens à leurs associations, que tous les membres ont fini par en éprouver un égal mécontentement (â).

Une association religieuse, composée d'environ sept cents Allemands, s'est établie depuis peu d'années dans l'Amérique septentrionale. Sortis d'un pays où la concurrence leur avait fait une nécessité de développer leurs facultés intellectuelles et physiques, excités par le zèle religieux, et placés sur une terre où tout homme libre qui travaille est assuré de jouir des fruits de son travail, ils ont fait des progrès rapides.

Les membres de cette association ayant été formés sous un autre régime , et n'étant encore qu'à leur première génération , il n'est pas possible de déterminer d'une manière exacte quelles en seront les conséquences futures. Cependant, on peut prévoir, dès ce moment, que si la communauté se prolonge long-temps, elle aura la plupart des effets que nous avons observés

(1) Robertsons'History , of America, vol IV, page 199 et

(a) De Laroclief'oueault-Liancourt, Voyage aux états unis, hosième partie, tome VII, p. i'i et 18.

Page 1