‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 25 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE IX. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX. 5l

Les maîtres pourraient mettre les enfans qu'ils ont de leurs esclaves, à l'abri des violences de

femmes des colons sur les enfans de leurs femmes esclaves. Stedman rapporte que la femme d'un colon, sur les représentations que se permirent quelques-uns de ses esclaves au sujet d'un excès auquel l'avait entraînée sa jalousie, brisa le crâne à un enfant qui se trouvait là; mais il était ce qu'on nomme quarteronne, c'est-à-dire fils d'une mulâtre et d'un blanc. Elle fit aussi couper la tête à deux enfans nègres qui avaient voulu s'opposer au meurtre, ces deux enfans appartenant à la même famille. Voici quelles furent, au rapport de Stedman , les conséquences de ces trois meurtres :

« Lorsqu'elle ( la maîtresse ) eut quitté la plantation , les deux têtes furent enveloppées dans un mouchoir de soie et portées par leurs parens à Paramaribo, où ils les déposèrent aux pieds du gouverneur, à qui ils adressèrent le discours suivant :

« Votre excellence, voici la fête de mon fils et celle de son frère, que notre maîtresses fait couper, parce qu'ils avaient voulu prévenir un des meurtres qu'elle commet journellement. Nous savons bien qu'étant esclaves , on ne reçoit pas notre déposition; mais si ces têtes sanglantes paraissent une preuve suffisante de ce que nous disons, nous supplions qu'on empêche îe renouvellement de pareilles atrocités ; nous en serons à jamais reconnaissans , et nous verserons avec plaisir notre sang pour la conservation de notre maître, de notre maîtresse et de la colonie, »

« On répondit à ces malheureux qu'ils étaient des menteurs, et qu'on les condamnait à être fustigés dans toutes les rues de Paramaribo. Cette sentence inique fut exécutée avec la plus grande cruauté. » Voyage à Surinam, t. II, ch. xvn, page 170 et 17a. — Voyez aussi sur les jalousies des femmes et sur les crimes qui en sont les conséquences , le tome I, ch. vi et ix, p. i66; 167, 266 et 267.

leurs propres femmes en leur donnant la liberté ; mais les mœurs et les lois du pays s'y opposent. La tendresse qu'un père manifeste pour ceux de ses enfans qui sont nés dans l'esclavage, est considéré comme une faiblesse , et presque comme une folie. Leur donner la liberté, ce serait se dépouiller d'une propriété utile et se priver de la faculté de disposer d'eux arbitrairement. On les laisse donc confondus avec les autres esclaves ; on les vend , on les échange , ou on les transmet à son héritier (A).

Ayant exposé quelles sont les jouissances que se donne l'aristocratie coloniale de cette partie de l'Amérique , il me reste à faire voir quelles sont les fatigues et les souffrances au moyen desquelles elle en paie la valeur.

Le sucre est la principale denrée qu'on retire de ce pays ; et comme \ dans toutes les colonies, cette denrée exige les mêmes travaux et demande les mêmes soins, on peut appliquer à toutes ce que je dirai d'une seule.

Les travaux de l'agriculture , dans les colonies, sont tous exécutés à force de bras; on ne fait usage ni de machines , ni de la force des animaux. Dès le lever du soleil, les claquemens des fouets annoncent aux esclaves qu'il est temps de se rendre au travail. Dans chaque plantation, un conducteur, armé d'un fouet de charretier, les conduit aux champs par troupes. Pendant

/i) Stedmon , tome III, ch. xxix, p. 198.

Page 1