‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 26 sur 253 · LIVRE -V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE -V, CHAPITRE IX

qu'ils travaillent , il marche à leur suite , pressant à coups de fouet ceux qu'il ne juge pas assez diligens (i). Les enfans, dès l'âge de six ou sept ans , sont menés aux champs pour en arra^cher les mauvaises herbes ou pour se livrer à d'autres travaux. Une esclave les conduit , armée d'une longue baguette : elle en frappe les plus tardifs ou les plus maladroits. Pour eux, comme pour leurs pères, il n'existe pas d'autres motifs d'activité que les châtimens.

Soumis à des fatigues sans termes, et sans cesse exposés à être déchirés à coups de fouet , les esclaves n'obtiennent pour prix de leurs travaux qu'une nourriture peu abondante, peu substantielle , et qui jamais ne varie : c'est de la farine de manioc, quelques harengs, un peu de légumes qu'ils cultivent eux-mêmes. Il leur est rigoureusement interdit de manger de la canne à sucre qu'ils cultivent ; celui qui serait seulement soupçonné d'en avoir goûté aurait les dents arrachées (2).

Les fautes ou les négligences sont punies, ainsi qu'on l'a déjà vu , par un nombre de coups de fouet appliqués sur les parties nues du corps , selon la volonté ou les caprices du maître ou du

(1) Cesinstrumens de supplice sont des cordes de chanvre d'une très-grande longueur, qui entrent dans la chair à chaque coup, et font un claquement semblable à la détona tion d'un pistolet. Stedman, tome II, ch. xvm, p. 210.

(2) Stedman, tome III, ch. xxv, p. 82 et 8T.

commandeur ; souvent aussi Ton fend le nez, ou Ton coupe les oreilles aux esclaves qui ont entre eux des querelles. Les réglemens défendent aux maîtres de leur donner la mort ; maisils sontaisément éludés ; le témoignage des blancs libres étant seul admis , il n'est pas possible de convaincre les coupables. On ne trouvait d'ailleurs ni accusateurs pour les poursuivre, ni juges pour les condamner ; puisque les magistrats appartiennent à la classe des maîtres, et font cause commune avec eux. Aussi, n'est-il pas rare de voir des colons qui se font un jeu de la vie de leurs esclaves ; le maître qui veut se débarrasser d'un homme qui lui appartient, l'entraîne à la chasse et le tue d'un coup de fusil, dès qu'ils sont parvenus dans un lieu écarté. S'il veut donner un exemple, il le fait périr dans de longs et douloureux supplices en présence de ses autres esclaves , et alors la mort est attribuée à un accident, ou à la faiblesse de la constitution du patient (4).

(i) Rayn.il, Histoire philosophique, tome VI, livre xn, page 421. — Stedman, tome III, ch. xxv,p. 81, 82 et 83. La sévérité des châtimens est inoins en raison des fautes des esclaves qu'en raison de leur valeur. Un beau jeune homme et une belle femme peuvent commettre de graves délits, et en être quittes pour un léger châtiment, si l'offense ne toucha pas directement le maître. Ce sont des propriétés dont on craint de diminuer la valeur en les dégraciant; on trouve plus avantageux de les vendre que de les détruire. Mais un vieillard, un individu faible ou mal constitué , ne peuvent commettre la moindre négligence sans encourir les chatimens

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