‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 28 sur 253 · LIVRE V , CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V , CHAPITRE IX

les pieds et la tête pendans vers la terre (4).

Les esclaves montrent dans les tourmens une constance égale à la cruauté des maîtres ; quelle que soit la rigueur des supplices qu'on leur inflige , il ne leur arrive presque jamais de proférer une plainte. Ils montrent, dans les supplices, la même force d'ame que nous avons observée chez les sauvages tombés dans les mains de leurs ennemis. Quelquefois , ils cherchent à irriter leurs bourreaux par des sarcasmes ou des plaisanteries; ils les bravent en accusant leur cruauté

(i) Stedman, tome I, ch. vi, p. i45 et 147. — Report of the committee of the society for the miligation aud graduai abolition of salavery^, p. i5. London 1824. — Ces détails des cruautés des colons, que j'affaiblis beaucoup en les abrégeant , paraîtront incroyables à plus d'un lecteur. Peut-être aussi sera-t- on disposé à penser qu'elles ont été commises dans des circonstances extraordinaires, et à une époque remarquable de barbarie. J'ai eu moi-même d'abord cette pensée, mais j'en ai reconnu plus tard l'inexactitude. Le gouvernement anglais, qui possède aujourd'hui cette colonie s'est proposé d'adoucir le sort des esclaves. Afin de ne rien faire au hasard, il a envoyé à Démerary un officier supérieur qu'il a chargé de l'examen des faits. Pendant le séjour que j'ai fait en Angleterre , j'ai eu occasion de connaître cet officier, et je l'ai prié de me dire si les mœurs décrites par Stedman étaient véritablement celles des colons. « Ce qui rend les colons si cruels, m'a-t-il répondu , c'est la facilité qu'ont les esclaves de s'enfuir dans les forêts et la difficulté de les reprendre. »> Cette explication , qui confirme les rapports du voyageur, est exactement la même que celle qu'a donnée Raynal, Histoire philosophique, tome VI liv. xu , page 421.

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d'impuissance. Savoir souffrir et mourir est la seule gloire dont les maîtres ne puissent priver leurs esclaves (4).

L'orgueil des membres de cette aristocratie est au moins égal à leur cruauté. L'action de boire ou de manger en leur présence , ou en présence d'un homme de la même espèce qu'eux, est considérée comme une insolence intolérable de la part d'un esclave. Un mot , même un regard, qui ne porteraient pas ce caractère d'abaissement qu'on exige de la population asservie, seraient suivis des châtimens les plus terribles. L'esclave qui passerait auprès d'un simple matelot et qui négligerait de lui donner quelques signes de respect , s'exposerait à avoir le crâne fracassé à coups de bâton. Cet orgueil ne se manifeste pas seulement à l'égard des esclaves ou des hommes de couleur ; il se montre à l'égard de tout homme qu'un maître juge d'un rang inférieur à celui qu'il tient (â).

On pourrait supposer que les mœurs que nous observons dans les colonies hollandaises, sont produites par d'autres causes que par l'esclavage et par l'espèce de culture à laquelle les esclaves sont employés ; on pourrait croire que les premiers habitans de ces colonies, n'ayant été que le rebut delà société delà mère-patrie, les mœurs actuelles sont des conséquences nécessaires des

(i) Stedmnn , tome I , ch. xn, p. 3o/^. (a) IbittL chap. i et v, p. 3i et i3i ; tome III , ch. xxv», p. 16, 17, 120 et 12! .

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