‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 29 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE IX. b · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX. b

mœurs qui existaient à l'époque de la colonisation ; nous verrons bientôt qu'il existe des mœurs semblables dans les colonies anglaises, françaises et espagnoles, où l'esclavage est admis, et où l'on observe quelque analogie, dans la nature des travaux auxquels la population asservie est assujettie.

Les mœurs des Hollandais établis dans les îles de la Sonde , nous sont un peu moins connues que celle des colons du Cap , et de ceux de la Guyane. On voit cependant, par ce qu'en disent les voyageurs, qu'elles diffèrent peu de celles que nous avons déjà observées. L'oisiveté ^ l'orgueil et la cruauté sont les caractères qui, dans ces îles, ont frappé d'abord les observateurs. L'aversion des Hollandais pour tout genre d'occupation y est si forte , que , sans les Chinois , ils seraient exposés à manquer de tout. L'orgueil a marqué les rangs, dans ces îles, avec autant de force que dans aucun pays. Les titres de grand-marchand, de marchand, de sous-marchand, de teneur de livres, d'assistant, répondent aux titres de prince, de duc, de comte, de marquis, de baron, de chevalier. Ceux qui les portent se distinguent par un costume particulier , et ont plus de morgue et d'insolence que n'en a la noblesse dans aucun pays de l'Europe. Les chefs militaires portent les mêmes titres : un major peut prétendre au rang de grand - marchand ; un capitaine n'est élevé qu'au rang de sous-marchand (4). Les chefs su-

(i) Bougainville , deuxième partie, tome II , chap. vm» page 228 et 23i.

périeurs ne sortent jamais de chez eux sans se faire précéder de gardes. Quand un gouverneur passe dans sa voiture , tout le monde s'arrête, les personnes quisont en équipage , mettent pied à terre, et l'on s'incline avec respect devant la dignité du grand personnage; les sénateurs seuls sont exceptés de cette marque de respect. Les grands exigent pour leurs femmes les mêmes honneurs qu'ils exigent pour eux (i).

Dans les pays où l'esclavage existe , le premier titre à la considération, c'est d'être delà race des maîtres ; la première cause de mépris, c'est d'être de la race des esclaves. Ces dispositions se manifestent à Batavia avec la même énergie que dans la Guyane et au cap de Bonne-Espérance. Si des hommes de la race des maîtres commettent des crimes , ils n'en sont point punis , ou ils ne le sont que très-légèrement; mais si des hommes de la race asservie commettent des fautes, ils sont pendus , rompus vifs, ou empalés sans miséricorde (â).

(1) Thumberg, ch. vin, p. 227, 228, 234 et 235. — Cook, premier Voyage, liv. ni, ch. xn, tome IV, p. 345.

(2) Cook, premier Voyage , liv. m , chap. xn , tome IV , p. 346. — Les Chinois et les Malais ont des juges particuliers dans les matières civiles. Ibid. , — Voyez Bougainville, tome II , deuxième partie, p. 169 et 175. — Cook, premier Voyage,, liv. m, ch. vin, ix et xn, p. 207, 262, 253 et 354- — Thumberg, ch. vm, p. 238 et 23y. — Dentrecasteaux , tome I, ch. vu, pages 1 55 et i56 — Labillardière?Jtome I, ch. vin. — Mac-Leod, cli . îx.

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