‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 4 sur 253 · L1V11E V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

L1V11E V, CHAPITRE VII

flûte toutes les fois qu'on allait leur servir quelque mets extraordinaire (4).

Les femmes n'étant point recluses, comme elles le sont dans quelques contrées de l'Orient, et la maison d'un grand renfermant une multitude de jeunes esclaves des deux sexes , les mœurs des maîtres éprouvèrent promptement les effets qui devaient résulter d'un tel mélange. En lisant les écrivains de l'antiquité, on observe que, chez ces peuples, l'amour n'avait aucun des caractères de délicatesse qu'il a chez les modernes ; c'était une passion brutale qui ne différait en rien de celle des animaux. Il était difficile que cela fut autrement -, un maître qui n'avait qu'à manifester un signe de sa volonté pour faire battre de verges une jeune esclave, ou pour la faire mettre à mort, devait être accoutumé à peu de résistance. L'habitude de vi vre avec des esclaves fut, pour les jeunes gens des deux sexes, une cause de corruption très-active. L'intervalle qui séparait la naissance de l'extinction des désirs, devait être d'une courte durée; et chez un peuple au sein duquel l'aristocratie avait jeté de profondes racines , l'exemple des grands suffisait pour entraîner la multitude. Aussi, l'histoire est-elle remplie de faits qui attestent l'immoralité de toutes les classes de la population ; quand le nombre des esclaves se

(i) Voyez Plutarque, Vies de Sylla^ de Lucullus, de César et surtout d'Antoine; voyez aussi la description que donne des repas romains A. Adam, Roman antiquities.

fut très multiplié, la corruption devint telle qu'on parut oublier jusqu'aux lois même de la pudeur (4).

En général, les historiens se mettent peu en peine de nous faire connaître les mœurs privées des nations ; la vie domestique , qui est presque tout dans l'existence de l'homme, paraît à peine digne de fixer leurs regards. Il nous est donc impossible de bien savoir quelle est la manière dont les femmes romaines étaient traitées par leurs maris , et quel est le genre de bonheur qui était réservé au sexe le plus faible. Mais il est difficile de croire que des hommes qui possédaient ou pouvaient acquérir une multitude de jeunes esclaves, fussent des maris très- attentifs ; il est . également difficile de croire que les femmes qui voyaient des rivales dans chacune de leurs esclaves, fussent des épouses fidèles, ou qu'elles ne

(i) « Les Romains , dit Plutarquc , ayant appris des Grecs à se baigner nus avec les hommes, ils leur ont maintenant en récompense enseigné à se dépouiller et se baigner nus avec les femmes. » Vie de M. Caton , page t\il\. — On pourrait croire, d'après ce passage, que les anciens Romains étaient de rigoureux observateurs des lois de la décence; mais on se tromperait si l'on se formait d'eux une telle opinion ; je n'en veux pas d'autres preuves que l'usage des prêtres de conduire dans un lieu secret les vestales coupables de quelque faute , et de les fouetter eux-mêmes après les avoir mises à nu. Plutarque, Vie de Numa, 79. — La fidélité conjugale de la part des maris était une vertu peu commune :

Quis minus vir unâ uxorc oontentus siet?

Plaïtt. Mercator, art. iv. sefr» vin.

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