‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 31 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE X

ignorent ou ne connaissent qu'imparfaitement la source des revenus dont ils vivent. La qualité de possesseurs d'esclaves influe donc moins fortement sur leurs idées et sur leurs habitudes sociales que s'ils résidaient dans les colonies. Cependant la simple possession d'esclaves fausse leur jugement sur les principes de la morale ; elle les place, plus que les autres Anglais, sous la dépendance de leur gouvernement , et les dispose par conséquent à soutenir toutes ses mesures (i).

Mais quoique les facultés intellectuelles et morales des maîtres qui vivent en Angleterre , soient moins affectées par l'existence de l'esclavage dans les colonies , que les facultés intellectuelles et morales de ceux qui vivent parmi leurs esclaves ; quoiqu'ils ne puissent pas ressentir cet appétit de toutes les jouissances physiques ; que nous avons observé chez les colons du cap de Bonne-Espérance et de Surinam, ils ne sont

(i) Ce sont particulièrement les planteurs des colonies à sucre qui résident en Angleterre. East and west India sugar, or a réfutation ofthe daims ofthe west India colonists, etc., p. 56, London, 1823.

On peut se faire une idée du nombre des planteurs anglais qui résident en Angleterre, par le nombre de ceux qui siègent dans la chambre des communes; ce dernier nombre, en 1825, était de cinquante-six. Second report of the committee of the society for the mitigation and graduai abolition ofslavery throughout the british dominions , p. 63. London, 1825.

guère moins intéressés à exiger de leurs esclaves tout le travail qu'il est possible d'obtenir d'eux , et à ne leur laisser que ce qui leur est rigoureusement nécessaire pour vivre.

Un grand propriétaire qui vit au milieu de sa terre,fait croître, au moins pour sa consommation personnelle et celle de sa famille, diverses espèces de végétaux qu'on ne peut jamais tirer de loin. Il élève également quelques espèces d'animaux, et il est difficile qu'il calcule tellement les produits de ce genre, qu'il n'en reste absolument rien pour un certain nombre de ses esclaves, après que les besoins de sa famille ont été satisfaits. Si le sol qu'il cultive n'est pas assez riche pour produire des denrées propres à être exportées, il faut que ses revenus soient consommés en nature sur les lieux, et, comme le prix ne peut en être trèsélevé, ses esclaves en profitent. Mais un propriétaire qui vit loin de ses terres , ne peut tirer son revenu que des denrées qui sont vendues, et rien n'est vendu que ce qui est exporté; tout produit qui se consomme sur les lieux, s'il n'est pas rigoureusement nécessaire à la vie de ses esclaves, n'a point de valeur pour lui. D'un autre côté , les planteurs anglais vivant dans un pays où il existe d'immenses fortunes , et où les richesses sont indispensables à la considération, ils sont excités, par un sentiment de vanité, à attirer dans la métropole tout ce qu'il est possible de faire produire à leurs plantations. Enfin, les agens auxquels est confiée l'exploitation des terres et

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