‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 32 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE X

des hommes qui la cultivent, ne sont pas retenus, dans l'exercice de leur pouvoir, par la crainte de détruire leur propriété. Ces diverses circonstances sont une grande influence sur le sort delà population esclave.

Les agens employés par les maîtres ne peuvent se livrer à cette oisiveté d'esprit et de corps que nous avons observée chez les possesseurs d'hommes des colonies hollandaises, puisqu'ils n'ont pas les mêmes richesses; mais leur activité ne s'exerce que sur des êtres humains ; ils n'agissent sur les choses que par l'intermédiaire des esclaves (4). Les jouissances physiques qu'il leur est permis de se procurer ne peuvent être qu'en raison des salaires qu'ils reçoivent et des richesses qu'ils trouvent le moyen de soustraire à leurs maîtres. La plupart d'entre eux ne se marient pas , soit parce qu'un planteur ne voudrait pas employer des agens qui seraient chargés de familles , soit parce que des femmes , nées et élevées dans des pays libres , s'accoutumeraient difficilement aux vices et aux violences dont elles seraient obligées d'être incessamment les té-

(1) L'île de Sainte-Hélène n'est presque cultivée que par des nègres. Ils y ont été transportés comme esclaves parles premiers colons; et il est rare que des hommes blancs veuillent se soumettre à travailler à un ouvrage en commun avec des noirs, dans les endroits où il y a des esclaves nègres par qui on peut le faire faire. Macartney, Voyage en Chine et en Tartarie, tome IV, ch. m, p. 197.

moins (i). En parlant des colonies anglaises les plus riches, et particulièrement de la Jamaïque , nous avons donc peu à nous occuper des mœurs des femmes et des enfans légitimes de la classe des maîtres , le nombre en étant très-borné (â).

Tous les hommes auxquels quelque pouvoir est délégué dans les colonies anglaises, disposent des femmes esclaves avec le même arbitraire que nous avons trouvé dans les autres colonies.

Dans l'île de la Jamaïque, les blancs, sans distinction de rangs, s'abandonnent ouvertement à la plus grossière licence ; tout homme non marié tient chez lui une concubine noire ou mulâtre. Cela n'empêche pas ses parentes ou les femmes de sa connaissance de lui rendre visite, de s'asseoir à sa table, dé jouer avec ses enfans. Un homme, même lorsqu'il est marié, peut vi~ vre publiquement avec une femme noire ou de couleur, sans être moins considéré, surtout

(1) J, Cooper's Facts illustrative of the condition of the negro slaves in Jamaïca, p. 47. London, 1824.

(2) Quoique les agens des planteurs ne puissent pas s'adonner au même luxe que les maîtres, ils sont assez riches pour se livrer habituellement à l'intempérance. Ce vice est si général et paraît si naturel , que , dans les meilleures sociétés, chacun raconte qu'il a été ivre, ou qu'il se propose de s'enivrer, comme on raconte ailleurs qu'on a pris ou qu'on se propose de prendre une tasse de thé ou de café. On voit, par là, que l'ivrognerie n'est pas l'apanage exclusif des climats froids, comme l'a prétendu Montesquieu. Cooper's Facts illustrative of the condition of the negro slaves in Jamaïca, p. 37.

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