‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 33 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE X

s'il a quelque impor tance personnelle dans la colonie. Celui qui fait la cour à une femme libre qu'il se propose d'ëpouser , ne croit pas nécessaire de renoncer à la concubine avec laquelle il vit. La future épouse n'a pas assez de délicatesse ou ne se croit pas assez d'influence pour exiger qu'on lui en fasse le sacrifice. Les membres du clergé eux-mêmes vivent souvent avec des concubines noires ou mulâtres , sans renoncer à leurs fonctions ; ils en donnent pour raison qu'ils ne sont pas pires que leurs voisins , et qu'ils doivent vivre comme tout le monde vit ("1). Enfin , il règne une telle licence dans les mœurs, qu'un homme en visite chez un ami, ne se fait aucun scrupule , quand l'heure de se coucher arrive, de demander ouvertement qu'on lui envoie une des esclaves de la maison (2).

Quoiqu'on ne puisse attendre beaucoup de retenue de la part de femmes que tout tend à dégrader et à corrompre, ce n'est pas toujours sans violence que les maîtres parviennent à obtenir la possession de leurs esclaves. Un père , même dans la servitude , reste souvent le gardien

(1) Stewart's View of tlie past and présent state of Jamaïca, p. 173, 174 et 175. Cooper's Facts illustratrve of the condition of the negro slaves in Jamaïca, p. 35, 36 et 37. — Negro S'avery, or a view of some of the more prominent features of that state of society, etc., p. 56, 57, 58, 59. London, 1824.

(2) Cooper's Facts illustratrve of the condition of the negro slaves in Jamaïca, p. 42.

et le surveillant de sa fille; et sa fille lui obéit jusqu'à ce que le maître ou le commandant lui intime des ordres contraires. La femme reste également sous la protection de l'homme qu'elle a choisi pour mari , et reconnaît son autorité jusqu'au moment où une force supérieure la sépare de lui. Si donc un maître veut abuser d'une jeune fille que son père protège, ou d'une femme que son mari défend, il s'établit un conflit entre le pouvoir du maître et l'autorité paternelle ou l'autorité maritale ; et ce conflit se termine toujours par le châtiment du père ou du mari, et par le rapt de la fille ou de la femme. La résistance, en pareil cas, serait vaine, puisque la force publique viendrait se joindre à la force du maître et de ses satellites. Les magistrats des colonies, par cela seul qu'ils rendent irrésistible la force des membres de l'aristocratie , sont les protecteurs nécessaires du viol et de l'adultère. Un père châtié pour avoir voulu protéger la chasteté de sa fille , peut, il est vrai , s'en plaindre au magistrat; mais il devra se considérer comme fort heureux si sa plainte n'est pas suivie d'un nouveau châtiment (4).

(i) Le gouvernement anglais a autorisé dans ses colonies les esclaves à porter plainte devant un magistrat, dans le cas où ils se croiraient injustement maltraités. Voici la plainte d'un père et la déposition d'une de ses filles, contre l'administrateur d'une plantation. Je la rapporte textuellement pour ne pas en altérer la naïveté. Le père dit : The manager wanted my daughter Peggi. I said « No ». He followed

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