‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 5 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII

fussent pas dévorées de jalousie (4). L'histoire ne rapporte pas les discordes particulières auxquelles l'existence de l'esclavage donna naissance entre les époux, ni les crimes individuels qui furent les conséquences de ces discordes ; mais un fait qu'elle nous atteste, suffît pour nous faire juger de l'intérieur des familles au sein desquelles il existait un grand nombre d'esclaves ; c'est la conspiration des femmes des patriciens contre leurs maris ; c'estla condamnation à mort, en une seule fois, de cent soixante d'entre elles, toutes femmes de sénateurs, convaincues, à leur ég&rd, du crime d'empoisonnement (â).

Ce fut, sans doute, pour se mettre à l'abri de ces actes de désespoir de la part de leurs femmes,

(1) Les poètes ont suppléé au silence des historiens. Voyez les comédies de Plaute et de Térence.

(2) Tite-Live, liv. vin, tome IV, page 83 de la traduction. — Il est impossible de ne pas reconnaître à ces crimes les effets des fureurs de la jalousie des femmes , et du mépris ou du dédain qu'avaient pour elles les riches possesseurs d'esclaves. Il est bon d'ajouter que ce fait, rapporté par Tite-Live , s'est passé dans les plus beaux temps de la république. Qu'on juge d'après cela quelles durent être les mœurs, lorsque les conquêtes eurent amené à Rome, en qualité d'esclaves, des populations entières de toutes les parties du monde alors connu. A Rome, même du temps de Justinien, et, par conséquent, bien long-temps après l'adoption du christianisme , non-seulement le concubinage n'était pas considéré comme immoral, mais les lois elles-mêmes déclaraient qu'il ne l'était pas. DigM lib xxm tit. 11 liv. vm, et lib» xxiv, tit. vu. Voyez tout ce dernier titre.

que les hommes finirent par leur accorder la faculté de la répudiation . faculté qui n'avait , pendant long- temps , appartenu qu'aux maris. Alors naquit un autre genre de désordres ; les hommes ne renoncèrent pas à leurs esclaves ; mais leurs femmes , blessées des préférences que celles - ci obtenaient sur elles , changèrent de maris aussi souvent qu'elles en eurent le moyen. Ces changemens devinrent si fréquens , qu'ils firent dire à quelques écrivains , que les femmes ne comptaient plus les années par le nombre des consuls, mais par le nombre de leurs maris.

La conduite licencieuse du sexe le plus fort entraîne nécessairement la dépravation du sexe le plus faible. Il était impossible qu'une fille élevée au milieu d'une foule de femmes esclaves, témoin en quelque sorte obligé de leur corruption et des liaisons qui existaient entre elles et ses frères ou son père, fût une épouse fort retenue. Aussi, ne trouve-t-on nulle part des exemples d'une dépravation aussi grossière que celle des femmes romaines de la classe aristocratique ; si l'histoire a conservé les noms de quelques-unes d'entre elles recommandables par leurs mœurs , ce ne sont que des exceptions rares qui attestent la corruption générale. L'écrivain de l'antiquité qui s'est le plus attaché à décrire les mœurs privées des grands dont il a publié la vie , ne parle presque jamais d'un homme célèbre sans faire mention en niéiiie temps des débauches de ses sœurs, de ses filles ou de sa femme. Suivant lui.

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