LIVRE V, CHAPITRE Xt. 8l
Quand les Anglo-Américains voulurent combattre pour leur indépendance , ils sentirent qu'ils avaient besoin d'invoquer des principes de morale et de justice , qui fussent favorables aux oppriment Ils proclamèrent > en conséquence , que tous les hommes naissaient libres et égaux , et que tous avaient le droit de résister à l'oppression. Ces principes, nécessaires pour justifier l'insurrection , devinrent le fondement de la plupart des constitutions particulières des divers états. Aussitôt qu'ils eurent été proclamés , ils furent invoqués par la population asservie ; mais les possesseurs d'hommes jugèrent que ces principes n'étaient vrais qu'à l'égard du gouvernement anglais. Les esclaves ne prirent pas les armes, à l'exemple de leurs maîtres, pour en assurer le triomphe : ils s'adressèrent aux cours de justice pour en obtenir l'application. Dans les états où ils étaient peu nombreux , et où il existait un grand nombre de citoyens qui n'appartenaient ni à leur classe, ni à celle des maîtres, ils gagnèrent leur procès, parce qu'ils furent jugés par un parti neutre. Dans les états , au contraire, où la population presque tout entière se divisait en maîtres et en esclaves , les premiers étant juges , les seconds furent condamnés. Ce fut la force, et non une description philosophique, qui fut la loi (>!).
(i) Larochefoucault , Voyage aux Ëtats- Unis , deuxième partie, tome V, p. 17 fi et 177.
Ainsi, quoiqu'on trouve dans la déclaration d'indépendance et dans presque toutes les constitutions des divers états qui composent la fédération anglo-américaine , que tous les hommes sont libres et égaux ; qu'ils put reçu de letii-créateur certains droits inaliénables ; que, parmi ces droits, sont la vie , la liberté et la poursuite du bonheur , et d'autres maximes semblables , il ne faut pas se figurer que l'état réel de la société soit tel qu'il a été décrit par des philosophes , dans des registres ou des livres auxquels on donne le nom de constitutions. Ce sont là des descriptions fausses analogues à celles dont j'ai parlé ailleurs ; elles peuvent être un sujet d'orgueil pour ceux qui en furent les auteurs ou pour ceux à qui elles ont été transmises , mais elles n'ont aucune influence sur le sort d'une grande partie de la population.
Les Ànglo- Américains sont divisés en trois classes très-distinctes , sans compter celles des riches et des pauvres , des ignorans et des gens instruits ; ces trois classes sont : i° celle des individus de race européenne , nés de parens libres; â° celle des affranchis ou de leurs descendans nés d'Européens et d'individus de race éthiopienne ; 5° celle des esclaves.
Des voyageurs européens , en arrivant aux États-Unis, ont été surpris de voir que l'état réel de la société ne répondait pas aux idées qu'ils s'en étaient formées par la lecture de leurs déclarations de principes. Lorsqu'ils ont examiné quelle a été l'origine de ces peuples et les circon-