‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 42 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XI

dans toute retendue des États-Unis; mais le nombre des esclaves n'a pas été partout dans la même proportion. Dans les états du nord, ils étaient en petit nombre , comparativement aux hommes libres; là, ils furent affranchis, et l'esclavage fut déclaré illégal. Dans les états du sud, au contraire, ils étaient très-nombreux, comparativement aux maîtres , et ils furent maintenus dans L'esclavage , malgré les déclarations sur les droits de l'homme. Tous ces états ayant adopté des gouvernemens et des principes semblables , à quoi faut-il attribuer la différence de leur conduite? Faut-il penser que les esclaves du nord furent des hommes plus énergiques que les esclaves du sud? Faut-il croire que les maîtres des pays froids furent plus généreux ou moins enclins au despotisme que les maîtres des pays chauds? Aucune de ces deux causes n'a produit le phénomène que nous observons ici.

Les esclaves qui existaient dans les états du nord , ne devinrent pas libres par leurs propres forces : leur liberté leur fut restituée , sans qu'ils eussent rien fait pour la reprendre. Ce n'est pas non plus par la générosité de leurs maîtres qu'ils devinrent libres; ils ne furent pas volontairement affranchis. Leur liberté ne leur fut rendue que par l'action des hommes qui n'étaient, ni dans la classe des maîtres , ni dans celle des esclaves ; ces hommes , formant la partie la plus nombreuse de la population , imprimèrent le mouvement à tout le reste. Dans les états du sud

il n'existait presque point d'hommes qui ne fussent esclaves ou maîtres ; et l'action des uns fut paralysée par celle des autres. En Amérique , comme dans tous ies pays , les hommes qui tendent avec le plus d'énergie à la destruction de l'esclavage, ne sont pas ceux qui gémissent dans la servitude , et encore moins ceux qui profitent de la domination ; ce sont ceux qui n'appartiennent, ni à l'une, ni à l'autre de ces deux classes ; ceux qui n'ont ni la lâcheté , ni l'abrutissement , ni l'ignorance des esclaves, ni l'orgueil, ni l'oisiveté, ni les préjugés des maîtres.

Nous avons vu précédemment que, dans la partie des Etats-Unis où l'esclavage est établi, il a pour effet d'avilir toutes les occupations industrielles ; l'action immédiate des organes de l'homme sur la nature est le partage exclusif des esclaves. Les maîtres ne considèrent comme digne d'eux que l'action de l'homme sur d'autres hommes ; ils ne manifestent quelque activité que comme maîtres ou comme gouvernans. Aucun de ces deux genres d'action n'exige beaucoup d'exercices physiques ; le premier ne demande pas de grands efforts d'esprit , ni même quelquefois le second. La paresse est donc le partage des Anglo-Américains du sud aussi bien que celui des colons des îles (4).'

(i) Francis Hali, p. 4^7 et 460. — « Of the proprietors of slaves, a very sraall proportion, indecd, are ever secn to labour. » Jefferson's Notes, p. 241. — « Tous les petits fermiers cherchent à s'en procurer ( des esclaves ) dès le mo-

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