LIVRE V, CHAPITRE XI. gi
les frais de leur entretien, soit même pour prendre part aux profits delà prostitution. « L'indulgence s'accroît pour les femmes esclaves, dit Robin, selon qu'elles peuvent mieux se passer- des secours du maître ; la dame de la maison, que ce soin ordinairement regarde, voit, de son appartement, les amans aller et ve^iir chez sa négresse, et la nuit elle favorise aussi complaisamment leur entrée (^1). » Ce sont les mêmes mœurs que nous avons observées au cap de Bonne-Espérance.
L'abus des femmes esclaves influe sur le jugement que le public porte relativement à la conduite des femmes libres. La prostitution n'est pas flétrie avec la même sévérité qu'elle l'est dans la plupart des états de l'Europe. La femme qui s'y est publiquement livrée, trouve facilement à se placer en qualité de domestique, ou même à se marier si elle en a le désir (â). Telle est aux Etats- Unis l'influence de l'esclavage, que, suivant l'expression d'un voyageur partout où il est établi , tous les dangers moraux sont communs (3).
La passion du jeu , qui se développe presque toujours dans le désœuvrement, en même temps
(1) Robin, tome II, ch. xxxvm, p. 119 et 120, et t. III, ch. lxviii, p. 199 et 200.
(2) Larochefoucault-Liancourt, quatrième partie, t. VIII, p. 166.
(3) Ibid., deuxième partie, tome IV, page 62. — Weld, Voyage au Canada, tome I, ch. xi, p. 174 et 175. — Francis Hall's Travels in Canada and the United-States, p. /4§7, 460. — Ncgro Slavery, p. 21.
que la passion des jouissances physiques, a été portée jusqu'à l'excès dans les états où les esclaves ont été les plus nombreux. On a tenté de la réprimer par des actes de la législature ; mais , après avoir décrété des peines contre les joueurs, les législateurs et les magistrats ont été les premiers à se moquer de leurs décrets (4). On a vu quelquefois des bandes d'esclaves former l'enjeu d'un pari, à une course de chevaux, et passer pendant des journées entières d'une troupe de joueurs ivres à l'autre (2). Les possesseurs d'hommes des Etats-Unis montrent, à l'égard de la plupart de leurs esclaves, les mêmes vices que nous avons observés dans les colonies anglaises. Ne cultivant point la canne à sucre, ils n'exigent pas d'eux les mêmes travaux; mais , à cela près, c'est la même avidité, les mêmes craintes, la même cruauté , le même orgueil. S'ils traitent un peu mieux un certain nombre de leurs esclaves, c'est parce qu'ils résident eux-mêmes dans le pays , tandis que les possesseurs anglais résident habituellement dans la métropole. Un possesseur d'hommes, américain, lorsqu'il est riche, tient quelquefois à ne voir autour de lui que des esclaves qui sont bien nourris et bien vêtus (5).
(i) Larochefoucault-Liancourt, Voyage aux Etats-Unis, deuxième partie, tome IV, p. m, 3ia et 3i3.
(t) Weld, Voyage au Canada, tome l, chap. xi , p. 1 7&ct 176.
(3) Francis Hall, p. !{i6 et 427.