LIVRE V, CHAPITRE XI. C
t irent pas l'attention des passans, et qu'il n'est pas rare de voir des esclaves qui se donnent la mort (-1).
Le penchant à la cruauté que donne l'exercice du pouvoir arbitraire à ceux qui le possèdent, est fortifié par la crainte que leur inspire le désespoir de leurs victimes. Pour contraindre au travail des hommes auxquels on en ravit sans cesse le fruit, on est obligé de recourir aux châtimens; et, pour prévenir les vengeances dont ces châtimens inspirent le désir, on est forcé de recourir à des cruautés nouvelles. Les Anglo- Américains n'ont pu imaginer encore d'autres moyens de contenir îa population asservie, que l'abrutissement, la division et la terreur.
Il est expressément défendu à tout possesseur d'esclaves de développer les facultés intellectuelles des personnes qu'il possède à titre de propriété. Celui qui serait convaincu d'enseigner à écrire à un de ses esclaves, serait puni d'une
(i ) Fearon's Sketches of America, p i3g et 241.
Francis Hall, pag. 429 et 482. — « Les Américains , qui se vantent d'être les plus humains de la terre sont tout aussi barbares que les autres envers les esclaves. » ( Robin, Voyage dans la Louisiane, tome I, ch. xx, p. 283. ) Les châtimens infligés aux esclaves de la Louisiane portent les mêmes caractères d'atrocité que nous avons observés dans la colonie hollandaise de la Guyane. L'abrutissement des colo«ns arrive au point que les supplices les plus horribles et même l'assassinat ne leur causent plus de remords. Hobin, tome III» ch. lxvii, p. 177, 178 et 180.
amende sept fois plus forte que celle qu'il encourrait en lui coupant les mains ou la langue. Dans ce dernier cas, il ne serait condamné qu'à une amende de quatorze livres ; dans le premier, il en encourrait une de cent (i). Il est également défendu à tout possesseur d'hommes de leur laisser faire aucun genre de trafic pour leur propre compte, une telle licence ne pouvant être propre qu'à leur inspirer du goût pour la liberté (â).
Toute réunion est interdite aux personnes asservies; un homme de la race des maîtres, qui trouve , sur un grand chemin , plus de sept esclaves ensemble, est tenu de leur administrer des coups de fouet sur le derrière nu (on the bare bacK)y sans qu'il lui soit permis cependant d'excéder le nombre de vingt coups pour chacun. Nul individu de la race des esclaves ou de sang mêlé ne peut paraître dans les rues après la tombée de la nuit sans une permission spéciale. Ceux qui violent cette défense, libres ou esclaves , sont enlevés par une police militaire qui parcourt sans cesse les rues, et punit les délinquans selon les circonstances (3). Un esclave, à moins qu'il ne soit aveuglé ou estropié, ne peut
(i) Il suit évidemment de là que le crime d'enseigner à lire à un homme asservi, est un peu plus grave que le crime d'en avoir mutilé sept. On peut, d'après cela, se faire une idée des mœurs et de la religion des peuples d'Amérique qui
ont des esclaves.
(a) Francis Hall, p. /»?./,.
(3) Tbid., p. 424.