‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 48 sur 253 · LIVRE V , CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE V , CHAPITRE XI

paraître en public avec une canne ou un bâton., sous peine de vingt-cinq coups de fouet ; s'il est attaqué, la défense lui est interdite sous les peines les plus graves. Un esclave trouvé endormi sans une permission écrite, dans un lieu qui n'appartient pas à son possesseur j est puni de vingt-cinq coups de fouet (i).

Ces précautions ne suffisent pas pour rassurer les maîtres ; ils se croient sans cesse menacés d'une insurrection , et sont habituellement armés de poignards (â). Les maîtres de la Louisiane vivent dans des alarmes continuelles ; ils sont toujours épiant , écoutant aux cases des nègres. Le moindre propos couvert, quelques liaisons plus marquées redoublent leurs craintes et leur espionnage. Pendant la nuit, ils font eux-mêmes de fréquentes patrouilles (5).

L'acte par lequel les Américains ont établi des amendes contre les maîtres qui égorgent leurs esclaves, et contre ceux qui les mutilent autrement qu'à coups de fouet, de verges ou de lanières, déclare, au reste, que la cruauté est non-seulement condamnable chez des hommes qui se disent chrétiens , mais qu'elle est odieuse aux yeux de tous les hommes qui ont quelque sentiment de vertu et d'humanité (A). Cette espèce d'hypocri-

(1) Fearon, p. 268. — J. F. D. Smith, t. I, ch. vi, p. 24.

(2) A dirk is said to be the common appendage to theîr dress. Fearon, 7 th. report, p. 400.

(3) Robin, tome II, ch. xlvii, p. 245.

(4) Francis Hall, p. 424.

sie n'est pas rare clans les pays où il existe des esclaves : j'aurai bientôt occasion d'en citer d'autres exemples.

Les violences continuelles commises sur des personnes asservies, soit dans l'intérieur des familles, soit par des officiers de police, dépravent, presque dès leur naissance, les hommes qui appartiennent à la race des maîtres. L'existence de l'esclavage parmi nous, dit un philhsophe américain, doit avoir sans doute une funeste influence sur les mœurs du peuple. Le seul commerce qui existe entre un maître et son esclave, est un exercice continuel des plus violentes passions. D'un coté, le despotisme le plus inflexible ; de l'autre, la plus dégradante soumission. Nos enfans sont témoins de ces relations, et ils apprennent à les imiter. Le parent s'emporte; l'enfant le regarde; il saisit chacun des traits de la colère , prend les mêmes airs parmi les jeunes esclaves, et s'abandonne aux passions les plus odieuses. Etant nourri , élevé et continuellement exercé à la tyrannie, et il ne peut qu'en porter les caractères. L'homme qui peut conserver des manières douces et des mœurs pures , au milieu de telles circonstances, doit être considéré comme un prodige (4)>

(1) Jefferson's Notes on Virginia, p. 2^1. — Robin a observé dans la Louisiane les mêmes phénomènes que Jefferson dans la Virginie. Voyage dans la Louisiane , tome III, ch. lxvii et lxviii, p. 179 et 209.

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