LIVRE V, CHAPITRE XI
L'habitude de l'arbitraire et de la violence envers la population asservie, rend les maîtres violens, vindicatifs et cruels les uns à l'égard des autres. Les querelles sont fréquentes parmi euxelles se terminent ordinairement par le duel, et il est rare qu'un des deux combattans ne soit pas frappé de mort. Celles qui ont lieu entre des hommes qui appartiennent aux rangs inférieurs de la société, ont aussi un degré de violence qu'elles ont rarement dans les pays où l'esclavage domestique est inconnu . Les combattans , dans leur fureur , cherchent à se mutiler les uns les autres, à s'emporter le nez, à s'arracher les yeux ou les oreilles. Celui des deux qui est le plus fort traite le plus faible en esclave ; et, en effet, il n'y a pas d'autre différence entre les maîtres et les esclaves que la force (4).
L'orgueil a toujours été, dans tous les pays, un des traits saillans de toute aristocratie ; et, comme la division de la population en maîtres et en esclaves , est le degré le plus élevé du système aristocratique, nulle part l'orgueil humain n'est plus exalté que dans les pays où la partie laborieuse de la population est considérée comme la propriété des oisifs qui vivent des produits de son travail .
(i)Weld, Voyge au Canada, tome I, ch. xiv, p. 220 et a2i. — Sraall provocations, dit Fearori, insure tlie most relentsless and violent resentmens, duels are fréquent. The dirk is an inséparable companion of ail classes. Skeches of America, 5 th. report, p. 264.
Les personnes asservies sont traitées, dans les États-Unis, avec autant de mépris que les objets les plus vils ; elles sont vendues au marché comme des bêtes. Le commerce de ce genre de marchandise n'est pas moins honoré que tout autre. Les hommes , les femmes et les enfans , exposés en vente, sont mis à nu, et examinés avec le soin qu'on apporte dans l'examen d'un cheval dont on veut faire l'acquisition. On leur ouvre la bouche de force pour examiner les dents ; on vérifie s'ils ont la vue bonne; on les tourne ; on les retourne, pour voir s'ils n'auraient pas quelque vice caché. Les femmes de la race des maîtres vont elles-mêmes acheter à ce marché les hommes dont elles ont besoin; elles font elles-mêmes, pour n'être pas trompées, toutes les vérifications usitées en pareille circonstance, et paraissent ne pas se douter des lois de la pudeur. On n'a, dans ces ventes, aucun égard aux liens de parenté : on vend le mari séparément de la femme, les enfans séparément de leur mère, selon que le demandent les convenances du vendeur et de l'acheteur (4).
Le mépris que les hommes de la race des maîtres font tomber sur les esclaves , se répand sur tous les individus qui portent dans leurs
(i) Larochefoucault, Voyage aux Etats-Unis, deuxième partie, t. IV, p. 49 et 88. — Robin, Voyage dans la Louisiane, tome III, ch. lxvii, p. 169. — Fearou , 6 th. report,
p. 269, 270. — Francis Hall, p. 357, 1 >°-