LIVRE V, CHAPITRE VII
les filles et les femmes qui appartenaient à l'aristocratie faisaient un commerce de leurs charmes; c'était pour de l'argent qu'elles se livraient à leurs amans. L'adultère et l'inceste étaient des crimes si communs et si publics dans les derniers temps de la république ■ qu'il semble que les grands ne prenaient plus la peine de s'en cacher (4). Le sénat crut arrêter ce désordre en exilant les femmes les plus connues par le dérèglement de leurs mœurs ; mais ce fut un impuissant remède. Une multitude d'hommes et de femmes formèrent d'effroyables associations pour se livrer en commun à la débauche (â). Lne de ces associations fut découverte à l'époque la plus florissante de la république : le nombre des coupables s'éleva au-dessus de sept mille ; plus de la moitié furent condamnés au dernier supplice. Les femmes formaient la partie la plus considérable de cette association. Celles qui se trouvaient sous la puissance de leurs pères ? de leurs maris , ou de leurs tuteurs , leur furent livrées pour être mises à mort en particulier. Les autres, dit Tite-Live, furent
( i ) Voyez Plutarque , Vies de Lucullus , de Pompée , de César, de Caton, de Cicéron et d'Antoine, pages 618, 764, 768,781,863, 931, io5ï et 1106. — Denys d'Halicarnasse, Hv. iv, § xxiv, tome I, p. 291. — Suétone, Vie de César. — On verra bientôt comment l'inceste et l'adultère sont des conséquences naturelles^de l'esclavage.
(2) Tite-Live, an de Rome 539, tome VIII, page 273 de la traduction de Dureau de Lamalle.
exécutées en public, à défaut de parens autorisés par la loi à se charger de l'exécution (4).
Pour mettre un frein à la licence des femmes, un sénatus-consulte déclara que toute femme qui vivrait avec un esclave contre la volonté du maître, deviendrait elle-même esclave (2). Si le maître avait accordé son consentement, la femme restait libre, mais les enfans auxquels elle donnait le jour suivaient la condition de leur père (3). Constantin essaya d'arrêter, par la sévérité des peines, le débordement des mœurs; il décréta que la femme libre qui s'abandonnerait à un esclave, serait mise à mort, et que l'esclave serait brûlé vivant (A). Tandis que, d'un côté, les lois cherchaient à restaurer les mœurs , elles les outrageaient par respect pour la puissance paternelle . Une fille pouvait être légalement contrainte par son père à se prostituer à un esclave , contre la volonté du maître, et quand elle avait obéi elle était elle-même esclave. Le jurisconsulte romain en donne cette raison : parentes détériorent filiorum conditionem facere possunt (5).
N'ayant à se livrer à aucune occupation d'esprit, et ayant abandonné les travaux industriels à leurs esclaves , les Romains se montrèrent aussi
(i) Tite-Live, tome XIII, p. 25 1.
(i) Pauli senct., lib. ir, titre xxi.
(3) Gaïi Instit. comment, i, § lxxxiv. — L'empereur Adrien changea cette loi.
(4) Cod. lib. ix, tit. ii.
(5) Pauli sentent, lib. h, tit. xxj. § io.