‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 57 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XII. il · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XII. il

Lorsqu'ik'agit d'un châtiment qui peut entraîner la mort de l'esclave, le maître est obligé cependant de s'adresser à une commission , à laquelle on donne le nom de chambre ardente. Devant cette commission , le maître ou son économe est tout à la fois accusateur , témoin et rapporteur, et c'est lui qui dicte la sentence. Il arrive même quelquefois qu'un homme qui possède beaucoup d'esclaves, un grand blanc, condamne lui-même un de ses esclaves au supplice du feu, et fait exécuter le jugement , de son autorité privée , au milieu de sa plantation ; l'esclave dont il veut se défaire est jeté dans une fournaise ardente (^1). Ici , comme à la Louisiane et à Surinam , les femmes sont encore plus cruelles que les hommes, surtout à l'égard des esclaves de leur sexe,|qui peuvent leur inspirer quelque jalousie (2).

Un voyageur a vanté cependant le régime auquel sont soumis les esclaves dans les colonies françaises ; il a prétendu qu'il existait de vastes et magnifiques hôpitaux dans lesquels ils étaient reçus pendant leurs maladies ; que les maîtres avaient des magasins dans lesquels ils tenaient toujours une grande provision de vivres (3). Ces faits pourraient être vrais , sans que les esclaves en fussent moins misérables : on peut être fort

(1) Dauxion-Lavaysse, 1. 1, ch. <vi, p. 271. — Ruffo de La Fare,p. 24.

(2) Raynal, Hist. philos., t. VI, liv. 11, p. 269.

(3) Depons , Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme.

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maltraité dans un vaste hôpital ; un maître peut avoir des magasins y et ne donner à ses esclaves qu'une mauvaise et chétive subsistance.

Le moyen le plus sûr de juger de la douceur des maîtres et du bonheur des esclaves , est d'examiner quel est l'accroissement ou le décaissement delà population asservie. A la Jamaïque y où les esclaves étaient traités d'une manière très-dure , ils décroissaient tous les ans d'un et demi pour cent; ils décroissaient de trois et deux cinquièmes dans l'île de la Trinité , celle des colonies anglaises où le décroissement était le plus rapide (A). Suivant Raynal , la perte annuelle des noirs s'élevait , dans nos colonies , à cinq pour cent y et les accidens la faisaient monter à six et deux tiers; il fallait donc que nos esclaves fussent encore plus maltraités que ne le sont ceux des colonies anglaises. On a observé que le décroissement annuel des esclaves est en raison directe de la quantité de sucre qu'on fait produire à chaque esclave (â); et puisque Saint-Domingue était la colonie qui en produisait le plus, comparativement à la population , on peut en conclure que les esclaves y étaient , au moins > aussi misérables que dans aucune autre île.

Enfin, plusieurs colonies françaises sont depuis plusieurs années sous la domination du gou-

(i) Second report, of the coramittee ofthe society for the mitigatîon and graduai abolition of slavery, p. i^g, i5o

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