‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 7 sur 253 · LIVRÉ V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRÉ V, CHAPITRE VII

passionnés pour les jeux et les spectacles qu'ils l'étaient pour les jouissances physiques. Ces jeux et ces spectacles n'étaient pas ceux qui auraient plu à une population active et intelligente , ayant besoin de délassement ; c'étaient ceux qui convenaient à un peuple oisif , grossier, i-gnorant , et qui ne pouvait plus être ému que par les mouvemens les plus violens. Des courses de chars et de chevaux, la lutte , le pugilat , des représentations de batailles , des combats de bêtes féroces, et surtout des combats de gladiateurs, tels étaient les jeux pour lesquels ils se passionnaient, les patriciens aussi-bien que les plébéiens , les femmes aussi-bien que les hommes (1).

Le besoin de spectacles violens s'accrut à mesure que les esclaves se multiplièrent , c'est-à-dire à mesure qu'il devint plus facile de vivre dans l'oisiveté. Les grands qui voulurent gagner les faveurs de la multitude , n'eurent pas de meilleur moyen que de donner des combats de gladiateurs, ou de faire venir de toutes les parties de la terre, des multitudes de bêtes féroces pour les faire détruire les unes par les autres. Il avait

(i) Ce fut principalement pour satisfaire les goûts de cette populace, dont l'aristocratie formait incontestablement la portion la plus dégradée, que César saisit toutes les occasions d'attaquer des nations innocentes , et même des alliés des Romains; qu'il livra au pillage les villes et les temples; qu'ii réduisit en servitude une multitude de personnes industrieuses et libres , et vendit jusqu'à des royaumes. Suét. Vie de César, ch. xxiv et liv, p. 107 et suivantes.

l4 TRAITÉ DE LÉGISLATION*

d'abord suffi pour plaire au peuple de Rome, de lui faire voir des combats de cailles ou de coqs; quand ses armées eurent détruit ou réduit en esclavage un nombre immense de peuples industrieux , il fallut lui donner des combats d'hommes, de lions ou de tigres. Pompée, dans son second consulat, fit paraître cinq cents lions et dix - huit éléphans ; le carnage de tous ces animaux amusa le peuple de Rome pendant cinq jours entiers. Les combats d'hommes suivirent , dans leur accroissement , la même progression que les combats de bêtes féroces; on ne sacrifia qu'un petit nombre de victimes , tant que la rareté des esclaves en tint le prix trèsélevé ; mais , quand les hommes asservis devinrent une marchandise commune et sans valeur, on fut prodigue du sang humain. César et Pompée qui , dans ce genre de marchandise , furent deux des plus grands fournisseurs de la république, en firent périr dans le cirque un nombre immense. Trajan se montra plus généreux encore : il donna à ses heureux sujets une fête qui dura cent vingt-trois jours; et chaque jour il fit égorger, pour leurs menus plaisirs, environ quatre - vingt - dix animaux féroces et près de quatre-vingt-deux hommes, en tout dix mille hommes et onze mille bêtes (4). Aussi , les littérateurs du temps ont- ils fait passer jusqu'à nous la mémoire de cet excellent prince , et sa gloire

( i) Dio., Hb. xlvïii, § xv

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