LIVRE V, CHAPITRE XHI. I
leurs officiers dans tous ies lieux par où ils ont cru que quelque rayon de lumière pourrait pénétrer (4). L'imprimerie a été proscrite même dans les villes les plus populeuses, et les agens du gouvernement ont eux-mêmes renoncé à se servir de ce moyen de multiplier les copies de • leurs ordonnances, de peur que l'usage qu'ils en feraient , ne contribuât à éclairer la population (2).
En même temps que le gouvernement espagnol usait de toute sa puissance pour plonger ou retenir ses sujets d'Amérique dans l'ignorance la plus profonde , des croyances et des pratiques nées dans des temps barbares tendaient à corrompre les mœurs et à multiplier les crimes. Le commerce des indulgences , qui faisait une partie des revenus du clergé romain et du gouvernement de la métropole , avait reçu la plus grande extension^). Le gouvernement papal envoyait au gou-
(1) Depons, t. n, ch. vi, p. 93, 94, 9$, 96 et suivantes. — Dauxion-Lavayssej passim.
(n) De Humboldf, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, tom. V, liv. vi , ch. xiv, p. 65. — Depons, tom. I1 1 ch. vu, p. 3s5 et 3i6.
Voici les noms de quelques écrivains dont les ouvrages étaient prohibés par l'inquisition: Bayle, Voltaire , Rousseau, Raynal, l'abbé Racine, Fleuri, Adisson, Arnaud, d'Argenson^ Beccaria , Marniontel, Boileau, La Fontaine, La Bruyère, Burlamaqui, Condillac , Montesquieu, Helvétius, Fontenelle, Hume, Puffendorf, Vatel , Filangieri, Mabli , Millot. — Depons, t. ÏI, ch. vi, p. 101 et 102.
(3) De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Es-
vernement espagnol, et celui-ci livrait au commerce dans ses colonies , cinq espèces de bulles : la bulle des vivans, celle des morts, celle du laitage et des œufs \ celle de la composition , et celle de la croisade (4 ) . Tout acheteur de la bulle des vivans, eût -il tué son père, sa mère et ses en fans, eût-il été coupable de tous les crimes qui outragent le plus l'humanité, pouvait aller trouver un prêtre , exiger de lui une entière absolution , et mettre ainsi sa conscience en repos (â). La bulle de composition avait le merveilleux effet de rendre légitime propriétaire l'injuste détenteur du bien d'autrut; le voleur qui parvenait à escamoter une bourse bien garnie , allait trouver le marchand d'indulgences 5 il lui délivrait une petite part de sa prise , et l'un et l'autre devenaient légitimes possesseurs du bien volé (5). Il faut ajouter qu'un malfaiteur qui s'était rendu coupable d'un crime et qui ne se croyait pas en sûreté dans sa caverne, n'avait qu'à se réfugier dans une église pour devenir inviolable (A). Cha-
pagne, tom. V, Hv. vi, ch. xni, p. 12. — Dauxion-Lavaysse, Voyage aux îles de la Trinidad, etc., t. II , ch. vin, p. 254 et a55, et ch. x, p. 44^ et 446.
(1) Depons, Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme, tom. III, p. 34 et suiv. — Dauxion-Lavaysse, t. II, ch. vin , p. 262.
(2) Dauxion-Lavaysse, tom. II, ch. vin, p. 263 et suivantes.— Depons, tom. III, p. 3 4 et suivantes.
(3) Depons, Voyage à la partie orientale de la Terre- Ferme, tom. III , ch. ix, p. 4o et suivantes.
(4) Depons, tom. II, ch. vi, p. i53 et suivantes.