LIVRE V, CHAPITRE XIII
esprit au Mexiqne comme au Pérou , à Caracas comme à l'île de Cuba (i).
Les familles qui descendent des anciens eonquérans, et celles qui tenaient en Espagne un rang distingué, prétendent former sans doute une noblesse particulière ; mais ces prétentions sont repoussées par tous les hommes de leur race. Enfin, l'esprit d'égalité a été porté si loin que, dans les villes ^ un blanc n'a osé se mettre au service d'un antre , tant il a craint de s'avilir. Dans le temps où le gouvernement espagnol dominait encore dans ces contrées , un vice-roi même n'y aurait pu trouver un laquais, ou un cocher parmi les hommes d'espèce purement européenne (â).
Le sentiment d'égalité qu'on observe chez les hommes de cette classe, quand ils se comparent à des hommes de leur espèce qui possèdent une grande fortune, ou qui jouissent d'une ancienne illustration , est loin d'exister quand ils se comparent aux indigènes , aux nègres ou aux métis. Le degré de mépris qui tombe sur les descendans des peuples conquis ou asservis , est moins en raison du plus ou moins de couleur qu'en raison de l'espèce. Les indigènes, qui furent les premiers exploités, et qui sont par conséquent l'espèce sur laquelle la servitude a pesé le plus long-
(1) De Humboldl , Voyage anx régions équinoxiales , tom. IV, liv. iv, ch. xiït.
(2) Azara, Voyage dans l'Amérique méridionele, toœ. II, ch. xv, p. 284.
temps, sont les plus méprisés. Les individus d'espèce éthiopienne sont placés immédiatement au-dessus d'eux. Les individus issus du commerce d'un blanc et d'une négresse viennent ensuite. Plus une personne approche de la race des maîtres, et moins elle est avilie.
Le gouvernement espagnol voulut renverser jadis cette mesure d'appréciation ; il déclara que les mulâtres formeraient le plus bas échelon de l'ordre social , mais il échoua contre la force de l'opinion (4). Dans d'autres temps, il a accordé des lettres de blanc à des hommes de couleur ; mais ses efforts n'ont pas eu beaucoup plus de succès. Il a pu conférer lui-même directement quelques faveurs à des individus de cette classe; mais partout où les blancs ont dominé, il les ont exclus des emplois (2).
Cependant, quelle que soit la fierté des descendans des Européens quand ils se comparent aux individus des autres races, elle est loin de porter ces caractères d'insolence et de dureté que nous
(1) Azara, tom. II, ch. xiv, p. 273.
(2) Depons, tom, I, ch. ni, p. 261 et 262. — Le roi d'Espagne ayant accordé des lettres de blanc à tous les habitans d'un village , les zambos , race issue de cuivrés et de noirs , se trouvèrent en majorité dans les élections municipales. Dès ce moment , les blancs furent considérés comme la race avilie, et exclus en conséquence de toutes les fonctions qui étaient à la nomination du peuple. Ils trouvèrent l'orgueil des zambos si insupportable, qu'ils abandonnèrent tous le village. Dauxion-Lavaysse, tom. II, ch. vm , p. 171, 172 et i73.