‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 65 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIII

avons observés chez les blancs des antres colonies, et jusque chez les Anglo- Américains du nord. Les indigènes , les noirs, les mulâtres, ne 'sont point exclus des églises où les blancs se rassemblent; la seule distinction qui puisse les blesser, consiste dans le privilège dont jouissent les femmes des blancs, de se placer dans l'église, sur des tapis qu'elles y font porter (i). On ne lit nulle part que, dans les théâtres, ils soient relégués dans des lieux particuliers ; que leurs enfans soient exclus des écoles publiques , ou qu'ils soient assujettis à ces distinctions humiliantes et brutales que nous avons trouvées chez 1-es habitans de New-Yorck , et même chez ceux de Philadelphie (2).

Le mépris du travail est inséparable du mépris des classes laborieuses ; il ne faut donc pas être étonné qu'il se soit montré dans les colonies espagnoles, cemme dans toutes les autres ; mais il est remarquable que ce mépris s'est particuliè-

(1) Depons, tom. I, ch. in, p. a6o,

(2) L'orgueil des blancs porte sa peine, parce qu'elle les prive souvent des secours qu'ils pourraient trouver dans les autres classes. Un vieux sergent , natif de Murcie , demandait à M. de Humboldt et à son compagnon de voyage un remède contre la goutte dont il souffrait cruellement. « Je sais, leur disait-il , qu'un zambo de Valencia , qui est un fameux curioso , peut me guérir ; mais le zambo veut être tra'té avec les égards qu'on re peut avoir pour un homme de sa couleur, et je préfère rester dans l'état où je suis. » Voyage aux régions équinoxiales , tom. VI, liv. vi, ch. xvn, P. 8.

l3o TRAITÉ DE LÉGISLATION.

rement manifesté dans les lieux où les esclaves ont été les plus nombreux , et qu'il s'est éteint dans la plupart de ceux où les travaux ont été exécutés par des hommes libres. Dans la ville de Caracas, sur une population que Depons évalue à quarante-un ou quarante-deux mille habitans, on compte environ quatorze mille esclaves et environ dix ou onze mille blancs ; le reste de la population se compose d'affranchis et d'un trèspetit nombre d'indigènes (4). Là, les descendans des Européens ont pour le travail un profond mépris ; ils croiraient s'avilir s'ils se livraient à aucun genre d'industrie (â) ; tous les métiers, tous les arts mécaniques sont abandonnés aux affranchis ,qui ne s'y livrent qu'avec répugnance, et qui préfèrent souvent la mendicité (5). La cause de leur inactivité ou de leur défaut d'énergie est la même que celle qui produit l'oisiveté des blancs : l'aversion ou le mépris des occupations industrielles (A). La mendicité est si commune, que le nombre des mendians s'élève à deux mille quatre cents (5).

(i) Depons, tom. III, ch. x, p. 99.

(a) Ibid.y ch. x, p. 10,

(3) Jbid.f p. 106 et 107.

(4) lbid } ch. x, p. 108 et 109.

(5) lbid.y p. 11 5, 116 et 117. — 11 faut ajouter à la circonstance de l'esclavage la présence de toutes les autorités administratives , judiciaires et ecclésiastiques. — Il y a longtemps qu'Adam Smith a observé que l'industrie fuit toujours la présence des grandes autorités, et que les mendians les accompagnent.

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