‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 67 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIII

mœurs régnent partout, et qu'on n'y rencontre presque point d'esclaves (1). »

On trouve , dans les mêmes contrées, d'autres villes où l'activité et l'industrie régnent également. A Vittoria, ville peuplée de sept mille huit cents individus , de gens de toutes les couleurs, tout le monde travaille sans distinction(â). À Carora , à dix degrés seulement de l'équateur, une population de six mille deux cents habitans, placée sur un sol ingrat, se livre tout entière à l'industrie , sans distinction de castes ni de couleurs (3). A Mérida, sous le huitième degré huit minutes au nord, sur une population de onze mille cinq cents individus, aucune classe ne dédaigne le travail , et l'aisance qui règne dans la

(1) Depons, tom. III, eh. x, p. 147, 148, 149 et i5o. — Dauxion-Lavaysse, tom. II , eh. vin, p. 157. — M. de Huraboldt , qui a été frappé de l'aspect d'aisance qui règne dans ces -vallées , en porte la population à cinquante-deux raille habitans , ou à deux mille âmes par lieue carré : c'est la même proportion qu'on observe dans les parties les plus peuplées de la France. Le propriétaire de ces vallées , le comte de Tovar , est l'auteur de l'étonnante révolution qui s'y est opérée dans un petit nombre d'années; il s'est proposé d'affranchir les esclaves de la tyrannie de leurs maîtres , de transformer les affranchis en fermiers , et de délivrer les maîtres de la lèpre de l'esclavage ; ses efforts ont obtenu le succès qu'ils méritaient. Voyez M. de Humboldt , Voyage aux régions équinoxiales , tom. V, liv. v, ch. xv, p. 142, i43 et suivantes.

(2) Depons, tom. III, ch. x, p. i5i.

(3) Depons y lom. II) , ch. x, p. 1 58 el suivantes.

l34 TKAITÉ DE LÉGISLATION.

ville , n'y laisse point voir de malheureux (i).

Les hommes d'origine européenne n'ont donc pas ici, pour le travail et l'industrie, le mépris que nous leur avons trouvé dans tous les pays où il existe de nombreux esclaves. Ils n'ont pas non plus pour les noirs ou pour les hommes de couleur, le même mépris, puisqu'ils consentent à se mêler avec eux et à concourir aux mêmes travaux (â). Ce phénomène est d'autant plus digne d'observation qu«e le contraste qu'il présente est plus frappant. Les Hollandais et les Anglais, si industrieux dans leur pays natal, méprisent tous le travail et deviennent oisifs , en passant dans une contrée où il existe un grand nombre d'esclaves. Les Espagnols, qui passent, au contraire pour oisifs dans leur propre pays, deviennent laborieux dans une contrée où il y a peu ou point d'esclaves. La température du climat ne peut expliquer l'activité des uns et l'oisiveté des autres 5 car le soleil qui échauffe les vallées d'Aragua, n'est pas moins ardent que celui qui éclaire le cap de Bonne-Espérance. En même temps que les habitans de ces contrées, qui sont d'origine européenne, ont moins diversion pour le travail que ceux des colonies anglaises et hollandai-

(i)Depons ch. x, p. 2*34 et 235. — Dauxion-Lavaysse, t. II, ch. vu. — De Humboldt , Voyage aux régions équinoxia!es , toro. V, liv. v, ch. xv, p. i52.

(a) Un très-grand nombre de cultivateurs des vallées d'Aragua sont noirs ou mulâtres; mais ils sont libres. De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiaîes, ibid.

Page 1