LIVRE V, CHAPITRE XIII. l3j
les marquer d'un fer brûlant pour les reconnaître (4). On n'est pas non plus obligé de faire des lois qui attentent à la sûreté de tous, pour garantir à quelques maîtres ce qu'ils appellent leurs propriétés.
Mais quoique ces circonstances tendent à rendre le sort des esclaves moins misérable, ceux d'entre eux qui sont attachés à des plantations , ont beaucoup à souffrir de la pauvreté , de l'avarice ou de la cruauté de leurs maîtres. Un des effets que l'esclavage a produits dans les colonies espagnoles, comme dans toutes les autres, a été de retenir ou de plonger les possesseurs d'esclaves dans la misère. Beaucoup d'entre eux n'ont souvent pour se loger avec leur nombreuse famille , qu'un misérable appartement qui ne les met pas à l'abri de la pluie , et ils couchent sur des cuirs faute de lits. D'autres sont tellement accablés de dettes , que les intérêts qu'ils en paient à leurs créanciers , absorbent la plus grande partie de leurs revenus (2). Il faut donc qu'ils économisent sur les dépenses de leur maison , et sur celles de leurs esclaves.
Dans les plantations, la maison du propriétaire , placée sur un tertre de quinze à vingt toises d'élévation, est entourée des cases à nègres. On
(i) L'usage de marquer d'un fer brûlant les individus asservis est presque général dans quelques-unes des colonies anglaises, R. Bickell's west Indies at they are, p. 38, 39 and 4o-
(a) Depons, t. 1 , eh. m, p. 247, 248 et it\$.
assigne à ceux qui sont mariés un petit terrain à cultiver, et ils y emploient les samedis et les dimanches , seuls jours de la semaine dont ils puissent disposer. Il faut qu'avec le terrain et le temps qu'on leur accorde, ils pourvoient euxmêmes à leur subsistance et à celle de leur famille. Suivant Depons, les propriétaires, à l'exception d'un petit nombre , laissent leurs esclaves couverts de haillons , et ne leur donnent d'autres vivres que ceux qu'ils peuvent tirer des morceaux de terre qui leur sont répartis. Ils ne s'embarrassent point si la récolte a été bonne ou mauvaise , si le temps a été favorable , ou s'il a été contraire ; tant pis pour l'esclave si elle a manqué. La subsistance de ceux qui sont employés au service de la maison , n'est pas mieux assurée que celle des autres ; les rations qu'on leur distribue le matin pour toute la journée , peuvent suffire à peine au déjeuner. Ils n'ont pas d'autres vêtemens que ceux qu'on nomme de livrée et dont ils se parent quand ils suivent leurs maîtres. Aussitôt qu'ils rentrent, ils s'en dépouillent et restent nus , ou bien ils se couvrent de quelques misérables chiffons. Les maîtres, du reste, vantent leur bonheur, dit M. de Humboldt, comme dans le nord de l'Europe, les seigneurs se plaisent à vanter l'aisance des payans attachés à la glèbe (i ) .
(i) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales , tora. V, liv. v, ch xv^ p. 101. — Depons , tom. I, ch. ni , p. a/j/4 et suivante*.