‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 78 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XV. l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XV. l

ou des agrégations d'hommes, différant entre eux par leurs habitudes , par leurs préjugés, par leurs lumières , par leurs prétentions , agissant bien ou mal les uns sur les autres et portant des noms divers (I).

En partant de ce fait, on ne peut donc voir dans les esclaves comme dans les maîtres , que des créatures humaines , et dès-lors la question posée au commencement de ce chapitre revient à celle de savoir si le travail qu'un homme obtient d'un grand nombre d'autres en leur déchirant la peau à coups de fouet , lui coûte plus que le travail qu'il obtiendrait d'eux en leur en payant un juste salaire. On voit, par la manière dont la question a été posée 0 que les premiers écrivains qui l'ont agitée , se sont trouvés dans la race des maîtres , et que c'est principalement dans l'intérêt des plus forts qu'ils l'ont examinée. Jamais des hommes asservis ne se fussent avisés de mettre en question , si la chétive subsistance qu'ils obtiennent pour prix de leurs travaux leur coûte moins de souffrances et de fatigues que n'en coûte à des ouvriers libres le salaire qu'ils obtiennent de leur travail. Cette question est cependant la même que la précédente ; il n'y a de différence entre l'une et l'autre, qu'en ce que, dans la première, ce sont les maîtres qui examinent s'il leur convient de payer leurs ouvriers en coups de fouets ou en bonne monnaie, tandis

( i) Tome I, liv. i, ch. ni.

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que dans la seconde ce sont les esclaves qui se demandent quel est , entre ces deux modes de paiement, celui qui leur convient le mieux (4).

Le calcul qu'a fait Adam Smith, lorsqu'il a voulu comparer le prix du travail exécuté par des hommes libres , au prix du travail exécuté par des hommes asservis, aurait dû le convaincre qu'on ne pouvait établir à cet égard aucun parallèle , et que la question , ainsi considérée , n'était pas susceptible d'une bonne solution. Pour déterminer le prix de deux choses , il ne suffit pas , en effet , de les comparer l'une à l'autre ; il faut un troisième terme de comparaison , le besoin éprouvé par plusieurs personnes d'effectuer un échange ; mais si c'est un être humain qui est la matière du marché , comment en déterminera-t-on la valeur ? Sera-ce par la demande de l'individu qui le tient asservi , et par l'offre de celui qui veut en acquérir la possession ? Il faut bien que cela soit, quand les deux objets qu'il

(i) « Ce sont de faibles calculateurs, dit M. J.-B. Say , que ceux qui comptent la force pour tout et l'équité pour rien. Cela conduit au système d'exploitation des Arabes bédouins qui arrêtent une caravane , et s'emparent des marchandises qu'elle transporte , sans qu'il leur en coûte autre chose, disent-ils, que quelques jours d'embuscade, et quelques livres de poudre à tirer. Il n'y a de manière durable et sûre de produire que celle qui est légitime, et il n'y a de manière légitime que celle où les avantages de l'une ne sont point acquis aux dépens de l'autre. » Traité d'économie politique, liv. i, ch. xix, tome I, p. 363, 5e édit.

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