‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 80 sur 253 · LIVRE V; CHAPITRE XV. l · texte numérisé non relu

LIVRE V; CHAPITRE XV. l

que produit la servitude sur l'accroissement et sur la diminution des richesses ; mais en faisant cette exposition , nous devons ne pas oublier que les richesses ne sont qu'un moyen , et qu'elles doivent être évaluées , moins par la quantité , que par l'influence qu'elles exercent sur le bienêtre des nations. Nous devons prendre garde surtout, lorsque nous calculons la somme de ri^ chesses produites dans une circonstance donnée, de ne pas jeter les yeux seulement sur celles que possède une petite fraction de la population, nous devons considérer celles que possèdent toutes les classes d'hommes , sans distinction de rangs ni de nations. Si nous calculons d'un côté ce que coûte à un possesseur de terres ou à un manufacturier le travail qu'il fait faire , nous devons calculer, de l'autre, ce que coûte à l'homme pauvre la subsistance qu'il achète avec du travail. Le pays le plus misérable est celui dans lequel il faut donner la somme la plus considérable de travail pour obtenir la somme la plus petite des moyens d'existence, car dans tous les pays la masse de la population se compose de familles laborieuses.

Extorquer les capitaux du riche par des violences , ce n'est pas accroître la somme des richesses^'est déplacer des richesses déjà produites; de même , extorquer le travail du pauvre par des coups de fouet ou par des moyens analogues, ce n'est pas diminuer les frais de production, c'est ravir à la masse de la population ses moyens

t6o traité de législation.

d'existence , pour engraisser les membres d'une aristocratie. Ce qui est vrai pour des individus comparés à des individus , est vrai pour des nations comparées à d'autres nations ; il n'y a de différence entre le premier cas et le second, qu'en ce que, dans celui- ci > le brigandage est établi sur une base plus large, et produit des conséquences plus désastreuses.

Adam Smith et quelques-uns des écrivains qui sont venus après lui et qui ont traité la même question , semblent avoir cru que , pour juger de l'effet que l'esclavage domestique produit sur les richesses, il suffisait de comparer ce que paie un entrepreneur pour la journée d'un homme libre, à ce qu'il paie pour la journée d'un esclave ; c'est à peu près comme si l'on jugeait de la difficulté de faire avancer une pesante voiture, par la résistance que lui offrent les atomes qui voltigent dans les airs.

Pour juger de l'influence de l'esclavage sur les richesses , il faut comparer d'abord la quantité de biens produite dans un pays où l'esclavage est inconnu, à la quantité produite dans un pays où tous les travaux sont exécutés par des esclaves , toutes circonstances étant égales d'ailleurs; il faut examiner ensuite comment , dans l'un et l'autre pays , ces richesses se distribuent entre le* diverses classes de la population ; il faut déterminer de plus quelle est l'influence qu'exercent les divers modes de distribution sur la consommation; enfin, il faut examiner quelle est la

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