‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 81 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XV. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XV. l6l

somme de travaux ou de peines au prix desquelles elles sont achetées.

Toutes les richesses que possèdent les nations sont le produit du travail de l'homme combiné avec les forces de la nature. La plupart des choses qui existent^ concourent sans doute, de concert avec l'industrie humaine, à la formation des objets qui nous sont nécessaires. L'air, la terre, l'eau , Je feu , le vent , nous prêtent leurs forces, pour produire des richesses, pour créer ou pour mettre des machines en mouvement ; mais ces forces ne sont véritablement productives que quand elles sont dirigées par l'intelligence humaine. Si Thomme n'avait jamais su les diriger, il n'existerait pas plus de richesses dans les pays qui sont aujourd'hui les plus florissans, qu'il n'en existait dans la Nouvelle-Hollande, avant que les Européens y fussent arrivés. Si tout travail . cessait chez les nations les plus riches , elles auraient en peu de temps disparu de la surface de la terre; le sol qu'elles habitent serait, dans un petit nombre d'années , semblable aux déserts sur lesquels la civilisation n'a jamais pénétré.

Il ne peut donc pas, à proprement parler, exister de richesses, à moins que nous ne concourrions à les produire ; mais comment y concourrons-nous ? de trois manières : par le développement de notre intelligence , qui nous fait connaître les forces de la nature et qui lui apprend à en tirer parti ; par l'habileté que nous

donnons à nos organes physiques d'exécuter les opérations que nous avons conçues; enfin, par des habitudes morales qui nous donnent le moyen de conserver et d'accroître nos richesses, ou d'en disposer de la manière la plus avantageuse. Il est donc nécessaire, pour apprécier les effets que l'esclavage produit sur l'accroissement ou la diminution des richesses, de juger d'abord des effets qu'il produit sur toutes les facultés humaines.

Le premier effet que l'esclavage a toujours produit sur les mœurs des maîtres , a été d'avilir à leurs yeux le travail de l'homme sur les choses. Nous ne trouvons à cet égard aucune exception ni chez les anciens, ni chez les modernes; la différence de races et de climats , n'en produit aucune dans les effets de la servitude. Le travail étant avili, les maîtres renoncent à toute profession industrielle; ils s'abstiennent d'appliquer leurs organes physiques à la production des choses nécessaires à l'existence de l'homme. Partout où la population est divisée en maîtres et en esclaves , Faction des premiers sur les choses est donc complètement perdue pour la production des richesses.

En même temps que l'esclavage inspire aux hommes de la classe aristocratique le mépris du travail , l'oisiveté à laquelle il les condamne, fait naître chez eux la passion des jouissances physiques. La table, les femmes , les jeux de hasard , les spectacles absorbent alors tout le temps qui

Page 1