LIVRE V, CHAPITRE XV
n'est pas consacré à îa domination ou au sommeil ; s'il existe à cet égard quelques exceptions individuelles, on n'en trouve point en considérant les nations en masse. L'esclavage qui met à la disposition des membres de l'aristocratie les richesses produites par les travaux de la population asservie, leur donne les vices nécessaires pour les dissiper. Or, la production annuelle étant en raison composée du travail et de la cumulation dçs capitaux , il est clair qu'elle ne peut jamais être très-grande Jà où tous les revenus sont consommés improductivement à mesure qu'ils sont produits.
Les membres de l'aristocratie méprisent un peu moins les travaux intellectuels que les travaux manuels ; il est rare cependant de les voir développer leur intelligence, à moins que ce ne soit pour consolider ou pour étendre leur domination. Dans les pays où ils ont conservé leur liberté politique, ils exercent quelquefois leur esprit dans l'art de persuader ou de commander; mais jamais ils ne l'exercent dans l'art de rendre plus productif le travail de l'homme sur la nature. Quant à ceux qui ne jouissent d'aucune liberté politique , les vices et les préjugés qui naissent de l'esclavage domestique et de l'esclavage politique, ne leur permettent de développer leur intelligence sur rien. S'il se trouve des hommes qui sortent de la classe commune, ils ne cherchent guère qu'à acquérir les connaissances qui leur paraissent les plus favorables à leur propre
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affranchissement. Les facultés intellectuelles et morales des maîtres sont donc perdues pour la production et la conservation des richesses, aussi bien que leurs forces physiques.
L'effet que produit l'esclavage sur les faculté* intellectuelles de la partie de la population qui est asservie , est encore plus étendu que celui qu'il produit sur les facultés intellectuelles des maîtres. Trois causes concourent à l'abrutissement des esclaves : la première est le soin que les maîtres prennent de les rendre stupides, pour assurer leur propre sécurité ; la seconde, les travaux dont ils les accablent, et qui ne leur laissent le temps de réfléchir sur rien ; la troisième, l'absence complète de tout intérêt à s'éclairer.
Un esclave ne cherche à développer son intelligence que pour échapper à la violence de son maître; il devient rampant, menteur ou flatteur; mais il n'a point de motif pour devenir plus intelligent et plus industrieux , puisqu'il rie peut jamais disposer des produits de son industrie. Chez lui, tout principe d'activité est éteint ; rien ne l'excite à faire des progrès : les efforts qu'il ferait pour travailler mieux ou plus long-temps, ne produiraient aucun bien, ni pour lui, ni pour sa femme, ni pour ses enfans, ni pour ses compagnons de servitude. Travaillerait-il pour sa réputation, pour sa gloire? il n'y en a point pour des esclaves. Pour la race des maîtres? ce sont des ennemis que son intérêt est de détruire. Il ne peut exister, en un mot, parmi des esclaves, ni