‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 83 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XV. l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XV. l

transmission de richesses , ni transmission de connaissances, ni transmission d'idées morales. L'esclave n'est comptable que de l'emploi de ses forces physiques brutes, et quand il en a livré le produit à son maître, celui-ci n'a plus rien à lui demander. L'esclavage a donc pour effet de faire descendre les esclaves au dernier terme d'abrutissement auquel il soit possible à l'homme d'arriver, et de rendre stationnaire ou rétrograde toute la partie de la population asservie.

Les esclaves n'ont pas plus d'influence, par leurs mœurs, sur la production et l'acroissement des richesses, qu'ils n'en ont par leurs facultés intellectuelles. Réduits à ce qui leur est rigoureusement nécessaire pour vivre, ils n'ont rien à économiser ; et quand même il leur resterait du superflu, ils ne feraient aucune économie , puisqu'ils ne peuvent rien posséder en propre. Ceux qui ont quelque puissance sur les richesses possédées par leurs maîtres , sont intéressés à en consommer le plus possible ; pour eux, prendre n'est pas voler : c'est se remettre en possession d'une valeur que leurs travaux ont produite, et dont le prix ne leur a été payé qu'à coups de fouet. S'il Leur arrive de s'emparer de quelque valeur , il faut qu'ils la consomment à l'instant comme les sauvages , ou qu'ils courent le risque d'en être dépouillés.

Enfin, les facultés de la partie de la population qui n'appartient, ni à la classe des esclaves, ni à celle des maîtres , ont généralement peu

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d'influence sur la production des richesses. Quand les hommes de cette classe n'ont pas le moyen d'émigrer, la plupart d'entre eux vivent dans l'oisiveté j ils mendient ou volent. Aux yeux des maîtres , ce genre de vie est moins déshonorant que le travail : il est plus analogue à la manière dont ils vivent eux-mêmes.

Dans un pays exploité par une population asservie , il ne reste donc pour la production des richesses , que les organes physiques des esclaves , destitués de tout principe d'intelligence et d'activité, et stimulés seulement par l'action du fouet. Or, des châtimens corporels peuvent bien exiger certains mouvemens du corps, mais ils ne peuvent créer cette énergie que donne une volonté libre. D'ailleurs,'une force qui serait destituée d'adresse, d'intelligence et de moralité, ne saurait produire et encore moins conserver beaucoup de richesses , quelque énergique qu'elle fût d'ailleurs.

De ces faits , il résulte trois conséquences : la première, que l'esclavage s'oppose à la cumulation des capitaux qui constituent la richesse ; la seconde, qu'il est un obstacle à toute invention ou à l'adoption de toute découverte propre à faciliter la production ; la troisième, qu'il prévient le développement ou s'oppose à l'exercice de tout art qui exige, de la part de l'artiste, de l'attention , de l'intelligence, de l'adresse.

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