CHAPITRE XVI
De l'influence de l'esclavage sur les arts industriels et sur le prix de la main-d'œuvre. — Suite du précédent.
Pour savoir si les faits particuliers répondent aux observations générales que j'ai faites dans le chapitre précédent, il suffit de connaître quelles sont les diverses branches d'industrie exercées par les maîtres ou par les esclaves ; quels sont les travaux auxquels se livrent des hommes qui n'appartiennent à aucune de ces deux classes, et quelle est l'abondance dont les uns et les autres jouissent (i),
(0 I! a jadis existé, et il existe sans doute encore des possesseurs d'esclaves qui ont possédé ou qui possèdent de grandes richesses; il y avait, parmi les patriciens romains, des familles qui possédaient des fortunes immenses , et l'on trouverait, sans doute, parmi nos modernes colons, plusieurs hommes qui sont fort riches; mais en disant que l'esclavage est un obstacle invincible à la production , à l'accroissement et à la bonne distribution des richesses, je n'entends nullement affirmer qu'il est un obstacle à leur extorsion ou à leur déplacement. Les Romains , qui possédaient de grandes fortunes, ne les devaient, en général, qu'au pillage exercé pendant le cours de ia guerre , ou aux rapines qu'ils exerçaient pendant ia paix sur les peuples subjugués. Les colons
A 68 TKAITÉ DE LÉGISLATION.
Nous ne connaissons pas assez quelle fut l'industrie des peuples anciens , depuis leur origine jusqu'à leur décadence, ni quelle fut la part qu'y prirent les diverses classes de la population , pour entrer à cet égard dans des détails bien précis. Nous voyons seulement que tout dégénéra , lorsque les conquêtes des Romains, ayant mis tous les peuples au même niveau , eurent multiplié jusqu'à l'excès le nombre des esclaves, et lorsque l'état de paix ne permit plus de réduire des hommes libres en servitude. Nous pourrons juger d'ailleurs des effets que l'esclavage produisit dans tous les arts, par l'influence qu'il exerça sur l'agriculture, suivant le témoignage même des écrivains de cette nation (i).
qui ont des richesses les doivent au monopole qui leur a été accordé pour la vente de leurs denrées, c'est-à-dire à un impôt établi sur des peuples chez lesquels l'esclavage domestique n'est pas admis.
(i) Il existe, chez les peuples modernes qui ont fait quelques progrès dans la civilisation , une multitude d'arts et de métiers dont les peuples de l'Italie et de la Grèce n'avaient aucune idée. Ces peuples ne connaissaient point l'usage du linge, et leurs vêtemens ne Se composaient que d'une laine grossière qui était travaillée par les mains de leurs femmes. Or, que l'on calcule seulement le nombre de personnes qui sont employées à la production, à la fabrication et à la vente du coton, du lin et de la soie, depuis l'agriculteur, qui recueille ces matières , jusqu'à lalingère , à la marchande de inodes, ou même jusqu'à la blanchisseuse, et l'on pourra se former une légère idée de la différence qui existe entre l'industrie des aneiens et l'industrie des modernes , surtout si