‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 85 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVI

J'ai déjà fait observer qu'à mesure que le nombre des esclaves s'était accru en Italie i le pays était devenu moins fertile , et qu'il avait fini par être converti en pâturages. Pline comparant les récoltes abondantes que produisaient les campagnes de Rome, dans les premiers temps de la république, à la stérilité qu'on y observait de son temps, a recherché la cause de cette différence, et il l'a trouvée dans le changement opéré dans l'état des cultivateurs. Anciennement des hommes parvenus à la dignité consulaire cultivaient leurs champs de leurs propres mains , tandis qu'au temps où il vivait , la culture était livrée à des misérables chargés de fers, et portant sur leurs fronts la marque de leur servitude. Tous les emplois qu'exige l'agriculture, depuis ceux qui demandent ïe plus d'intelligence jusqu'à ceux qui en demandent le moins étaient remplis par des esclaves (4). Columelle et Yarron ont observé également la funeste influence qu'exerça l'esclavage sur l'agriculture (2).

l'on n'oublie pas les machines employées à mettre ces matières en œuvre, les arts et les connaissances que ces machines exigent.

(1) Laurentii Pignorii, De servis et eorum apud veteres ministeriis , Commentarius , p. 252-280.

(2) Columella , De Re rustica , lib. 1. En exposant les effets de l'esclavage sur l'intelligence , j'ai fait voir ceux qu'il produit sur l'industrie. Adam Hodgson a recueilli les opinions d'un grand nombre d'écrivains anciens et modernes , sur les effets de l'esclavage sur l'agriculture. A Letter lo

« Les propriétaires , dit un savant historien de notre temps , ayant étendu leur patrimoine à Rome i par les terrains confisqués sur les peuples conquis ; en Grèce , par les richesses qu'ils devaient au commerce , ils abandonnèrent le travail manuel , et bientôt après ils le méprisèrent. Ils fixèrent leur séjour dans les villes ; ils confièrent l'administration de leurs terres à des régisseurs et à des inspecteurs d'esclaves; et dès lors la condition de la plus grande partie des habitans des campagnes devint intolérable. Le travail, qui avait établi un rapport entre les deux rangs de la société, se changea en une barrière de séparation : le mépris et la dureté remplacèrent les soins ; les supplices se multiplièrent, d'autant plus qu'ils étaient ordonnés par des subalternes , et que la mort d'un ou de plusieurs esclaves , ne diminuait point la richesse des régisseurs. Ces esclaves, mal nourris, maltraités, mal récompensés , perdirent tout intérêt aux affaires de leurs maîtres et presque toute intelligence. Loin de soigner avec affection les produits de la terre, ils éprouvaient une secrète joie toutes les fois qu'ils voyaient diminuer la richesse , ou tromper les espérances de leurs oppresseurs. . .

» L'étude des sciences et l'habitude de l'observation , firent faire, il est vrai, des progrès à

J.-B.Say, on the comparative expense of free and slave labour. — Voyez aussi D. Hume, Essay XI, of the populousness of ancient nations.

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