‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 86 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XVI. \J l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVI. \J l

la théorie de l'agriculture; mais en même temps sa pratique déclinait rapidement, et tous les agronomes de l'antiquité s'en plaignent (i). Le travail des terres fut absolument dépouillé de cette intelligence , de cette affection , de ce zèle qui avaient bâté ses succès, Les revenus furent moindres, les dépenses plus considérables, et dès-lors on chercha à épargner sur la main-d'œuvre plutôt qu'à augmenter ses produits. Les esclaves, après avoir chassé des campagnes tous les cultivateurs libres, diminuèrent eux-mêmes rapidement en nombre. Pendant la décadence de J'empire romain, la population de l'Italie n'était pas moins réduite que l'est aujourd'hui celle de YAgro romano , et elle était en même temps descendue au dernier degré de souffrance et de misère (2). »

Les effets que produit l'esclavage sur les richesses dans les colonies, sont encore plus faciles à apprécier que ceux qu'il produisit chez les anciens. L'agriculture est presque la seule branche d'industrie qui existe partout où l'esclavage est établi ; mais elle y est exercée sans soins, sans intelligence. On a vu ailleurs quelle est la stupidité des paysans du cap de Bonne-Espérance; elle est telle qu'on peut être tenté de mettre en

(1) Columella , De Re rusticâ , lib. t, in proœmino.

(2) De Sisinondi, Nouveaux principes d'Economie politique , ou de la Richesse dans ses rapports avec la population , tome f, liv. m, chap. iv, p. 17, 18 et suiv., Ie édit.

doute si , sous le rapport du développement intellectuel , les colons sont au-dessus de leurs troupeaux. Ils sont riches dans ce sens qu'ils sont abondamment pourvus de viande de boucherie, leurs troupeaux se multipliant sans aucun soin de leur part; mais, à cela près, ils sont dépourvus de toutes les commodités delà vie. Quant à la population esclave, là, comme ailleurs, elle est réduite au dernier degré de misère ; elle est possédée, et ne possède rien (4).

Dans les colonies anglaises, l'agriculture est également le seul art qui soit cultivé, et il Test de la manière la plus misérable. L^art d'employer la charrue et le travail des animaux, y est encore inconnu, on ne sait y remuer le sol qu'au moyen d'une boue que peut soulever à peine la faible main des hommes ou des femmes esclaves. Les progrès qu'a faits l'agriculture dans la plupart des états européens , y sont également ignorés ; des récoltes qui épuisent le sol, s'y succèdent sans interruption (â). Quant aux autres arts nécessaires à la vie, il suffît de rappeler, pour en donner une idée^que quelques-unes des colonies anglaises comptent la brique parmi les objets d'importation qu'elles tirent de l'Angleterre (5).

(1) Voyez le chapitre vii de ce livre.

(2) Second report of the committee of the society for the mitigation et graduai abolition of slavery , etc., p. 32, 34 et 62.

(3) Relief for West Indian distress, shewing the inefficicu-

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