LIVRE V, CHAPITRE XVI. l8l
pas chez un peuple où tous les travaux sont exécutés par des hommes asservis, qu'on peut espérer de trouver ni un horloger, ni un mécanicien , ni un graveur, ni une multitude d'autres artistes dont les talens nous sont devenus indispensables. Il faut donc que les maîtres tirent de l'étranger non-seulement une partie de leurs alimens, mais tous les produits manufacturés.
La plupart des substances alimentaires sont généralement plus chères dans les états du sud , qu'elles ne le sont dans les états du nord , par la raison que le prix de la main-d'œuvre est plus élevé dans les premiers que dans les seconds, ainsi qu'on le verra tout à l'heure. Les objets manufacturés y sont plus chers encore ; outre les frais de transport qu'il faut payer de plus, le commerce y demande de plus gros bénéfices ('!).
Des esclaves étant incapables de porter dans la culture de la terre, l'exercice et l'intelligence qui appartiennent à des hommes libres, les produits qu'ils en obtiennent, ne sont ni aussi considérables, ni aussi variés. Ces produits sont presque
(i) Michaux , ch. n et xiv , p. i5, i!>3 et i34. — • Robin, Voyage dans la Louisiane^ tome II, ch. xxx\n , p. n/, et ii 5. — Fearon's Sketches of America, p, 43, 44, 1 13, 128, 160, 161, 162 et 210.
Bans les colonies françaises, un commerçant ne croit pas faire de bonnes affaires, s'il ne gagne pas cent pour cent. — Ruffo de La Force Letttres à un membre de la chambre des députés. — A Paris, un commerçant fait bien les siennes en gagnant six ou sept pour cent.
tous de même nature ; les maîtres ne peuvent donc en jouir qu'au moyen d'exportations et d'échanges } puisqu'ils n'ont pas autour d'eux une population industrieuse qui puisse les consommer. Il résulte de ces diverses circonstances que les terres ont beaucoup moins de valeur dans les pays cultivés par des esclaves , que dans les pays cultivés par des hommes libres ; la différence est de près du double (i). Ainsi , un propriétaire des états du sud , qui a une terre égale , en bonté et en étendue > à celle que possède un propriétaire des états du nord , n'a cependant que la moitié du revenu de celui-ci , et avec ce revenu il est obligé de payer tout beaucoup plus cher. Que l'on ajoute à ces diverses causes de misère les effets des vices que l'esclavage produit, et l'on sera convaincu qu'il est impossible que l'aristocratie dont les terres ne sont exploitées que par des esclaves, ne soit pas dans une détresse continuelle (2).
Si les richesses possédées par les maîtres sont peu considérables , celles qui sont possédées par la population esclave sont complètement nulles; dans aucune partie de l'Europe , sans excepter
(i) A. Hodgson's Letter to M. J.-B. Say, on the comparative expense of free and slave labour.
(i) Un rapport du comité de l'assemblée des colons de la Jamaïque, présenté à la chambre des communes d'Angleterre, le 26 février i8o5 , expose la détresse des colons , dont la plupart sont accablés de dettes , et qui presque tous ont perdu leur crédit. Ce rapport se termine en ces termes : « Par ces faits , la chambre sera en état de juger de l'ctcn-