LIVRE V, CHAPITRE XVI. lB
donne aux denrées qui sont importées des états libres, sur celles qui pourraient être produites dans le pays (i). Les terres étant moins chères de moitié dans les états où il existe des esclaves, que dans ceux où il n'en existe point, quelle cause pourrait faire élever à un prix excessif la plupart des produits de l'agriculture, si ce n'était la cherté de la main-d'œuvre. Dans le Maryland, comme au cap de Bonne-Espérance, la journée d'un homme libre est évalué trois fois 3a valeur de la journée d'un esclave.
La journée de travail qui coûte deux piastres en Géorgie ou dans la Caroline du sud , n'en coûte qu'une dans l'état de New-York (2). Au Mexique , où l'on ne trouve presque point d'esclaves , les meilleurs ouvriers qui travaillent aux mines, gagnent vingt-cinq ou trente francs par semaine, sans y comprendre le dimanche. Les ouvriers qui travaillent à l'air libre , comme les laboureurs, se contentent, par semaine, de sept francs quatre-vingts centimes sur le plateau central, et de neuf francs soixante centimes près des côtes (3). Dans la vallée d'Âragua, où presque
(1) Michaux , ch, i, p. g. — Larochefoucault.
(2) Larochefoucauld, troisième partie , tome VI, p. 85. — Michaux, ch. xiv, p. i3.
(3) Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, tome IV, liv. îv, ch. xi, p. 45 et 46. — En 1777 , un ouvrier libre , negre ou mulâtre, se louait au Mexique à raison de qualre piastres par mois , et ces ouvriers étaient très-rares. Il n'y avait point d'esclaves. (Thierry, Traité de la culture du no-
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tous les travaux sont également exécutés par des hommes libres , et où croissent le sucre, le coton et l'indigo 9 la main-d'œuvre est moins chère qu'en France ; on ne paie un ouvrier libre que quatre ou cinq piastres par mois , sans la nourriture , qui est très-peu coûteuse à cause de l'abondance de la viande et des légumes (4).
Dans la Louisiane , où les ouvriers libres sont très-rares, parce qu'ils cessent de travailler aussitôt qu'ils ont acquis le moyen d'acheter un homme qui travaille pour eux, la main-d'œuvre est plus chère encore qu'elle ne l'est au cap de Bonne-Espérance. Un maître qui possède un bon esclave , le loue à raison de vingt ou trente piastres par mois, et comme on a observé que la journée d'un bon ouvrier libre vaut deux ou trois fois la journée d'un ouvrier asservi , on peut
pal , tonie I, p. 82-) Je n'ai pas besoin de faire observer que l'argent et l'or, dans les lieux où ils sont produits, et où l'on cultive les objets nécessaires à la vie , ont nécessairement un peu moins de valeur que dans les lieux où ils sont importés.
(1) De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales , t. V, liv. v, ch. xv, p. 262, 253, 254 et 255. — Au Mexique, on compte la journée , dit ailleurs M. de Humboldt , de deux réaies de plata (de 26 sous) dans les régions froides , et de deux réaux et demi (de 32 sous) dans les régions chaudes, où l'on manque de bras , et où les habitans sont en général très-paresseux. Ce prix de la main-d'œuvre doit paraître assez modique, lorsqu'on considère la richesse métallique du pays , et la quantité d'argent qui y est constamment en circulation. Aux États-Unis, où les blancs ont repoussé la population indienne au-delà de l'Ohio et du