‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 95 sur 253 · LIVRE V? CHAPITRE XVI. l8q · texte numérisé non relu

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culture; dans les premiers, les possesseurs de terres en retirent un revenu plus ou moins considérable, après avoir payé le prix de la maind'œuvre ; dans les seconds, les frais d'exploitation égalent ou surpassent la valeur des produits^).

Nous avons vu que, suivant M. deHumboldt, un bon cultivateur libre qui travaille dans les lieux les plus pénibles, gagne au Mexique, pour six jours de travail, neuf francs soixante centimes, ce qui lui fait un franc soixante centimes par jour; et que, dans les vallées d'Aragua, un ouvrier se contente de quatre ou cinq piastres par mois. Nous avons vu, en même temps, qu'un bon esclave se loue au cap de Bonne-Espérance^ deux francs cinquante centimes par jour, et à la Louisiane environ cinq francs cinquante centimes, ou trente piastres par mois. Mais un esclave ne fait guère que le tiers du travail d'un homme libre ; supposons cependant qu'îl en fasse la moitié, et qu'il le fasse avec la même intelligence, ce qui n'arrive jamais. Dans cette supposition, la quantité de travail qu'un agriculteur des vallées d'Àragua fait exécuter par un ouvrier libre pour une somme de six francs, coûte neuf francs cinquante centimes à un cultivateur du Mexique, trente francs à un cultivateur du cap de Bonne-Espérance, et soixante francs à un cul-

(i) Larochefoucauld, deuxième partie, tome VI, page 87 et 88.

igO TRAITÉ DE LÉGISLATION.

tivateur de la Louisiane, On ne peut pas dire qu'ici la différence du prix résulte de la différence dans le climat ou dans le genre de culture; car, si le Mexique produit toutes les denrées de l'Europe, il produit aussi toutes les denrées qui peuvent croître sous les tropiques. En voyant de tels résultats , comment n'est-il pas évident , pour les hommes les plus aveugles, que si les propriétaires qui font cultiver leurs terres par des esclaves, ne sont pas déjà complètement ruinés, ils le seront infailliblement dans un petit nombre d'années , à moins qu'on ne prévienne leur ruine à l'aide de monopoles créées en leur faveur?

Et qu'on ne pense pas que c'est à la différence qui existe entre le climat du sud et le climat du nord, ou à la différence qui existe entre les hommes blancs et les hommes noirs, qu'il faut attribuer les phénomènes que nous observons ici. Les Espagnols qui n'ont point d'esclaves, et qui jouissent Tle quelque liberté, se montrent, sous la zone torride, sobres, intelligens, actifs, industrieux comme les Ànglo- Américains du nord. Ils prouvent et ils prouveront tous les jours davantage que les denrées des tropiques peuvent être cultivées par des hommes libres encore mieux que par des esclaves. Nous avons vu d'ailleurs que les phénomènes produits par l'esclavage sous la zone torride, se manifestèrent sous les climats les plus tempérés, aussitôt que les Romains y eurent introduit un régime analogue à celui que nous voyons aujourd'hui dans

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