LIVRE V, CHAPITRE XVI
en tavernes et en bordeaux... » (i). Les dispositions des lois pénales contre le vagabondage et la mendicité, établies dans tous les pays ? ont évidemment pour but de réprimer l'oisiveté chez tous les individus qui, poifr vivre, ont besoin de travailler. On ne peut cependant tirer de ces dispositions aucune conséquence en faveur de l'esclavage.
Les écrivains qui se fondent sur le système adopté par Montesquieu, relativement a l'influence des climats , pour soutenir que l'esclavage est une nécessité des pays chauds , ont dans ce système une confiance que Montesquieu luimême n'avait pas. « Je ne sais disait, en effet, ce grand écrivain , après avoir exposé ce système, si c'est l'esprit ou le cœur qui me dicte cet articleci. Il n'y a peut-être pas de climat sur la terre où l'on ne put engager au travail des hommes libres. Parce que les lois étaient mal faites, on a trouvé des hommes paresseux ; parce que ces hommes étaient paresseux, on les a mis dans l'esclavage (-1). »
Ce n'est point parce que des hommes étaient paresseux qu'on les a faits esclaves ; c'est, au contraire , parce qu'on a fait des hommes esclaves , que ces hommes et ceux qui les possédaient, sont devenus paresseux. La pensée qu'énonce ici Montesquieu , est y au reste , la condamnation de
(1) Recueil des anc. lois françaises , tome IV, p. 576-577.
(2) Esprit des lois, liv. xv, ch. vin.
ï§6 TRAITÉ DE LÉGISLATION*
presque tout ce qu'il a écrit sur l'influence des climats. Il n'a dû cette pensée qu'à son génie; il devait son système aux écrivains qui l'avaient précédé.
Ayant exposé l'influence que l'esclavage produit sur la formation des richesses, il me reste à faire voir l'influence que la même cause exerce sur leur distribution.