‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 100 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XII

vivent particulièrement sur les produits de leurs chasses (4).

Depuis que les Européens ont transporté sur ce continent des bœufs, des chevaux et des mulets; depuis que ces animaux se sont excessivement multipliés dans les steppes américaines et qu'un grand nombre sont devenus sauvages , plusieurs tribus d'Indiens en ont formé des troupeaux, et adopté le genre de vie des Tartares. Aussi habiles que des Arabes à monter leurs chevaux, ils parcourent avec rapidité des plaines entrecoupées de montagnes; ils enlèvent les troupeaux des Espagnols , et dévalisent les voyageurs (â). Ceux dont le territoire est le plus rapproché du territoire de Magellan , tels que les Patagons , errent aussi dans les savanes de l'Amérique comme les barbares du centre de l'Asie ; mais c'est de la chasse qu'ils tirent la plus grande partie de leurs subsistances (5). Leurs habits consistent dans les peaux des animaux qu'ils ont tués, et dans lesquelles ils s'enveloppent (A) ; leurs tentes sont

(1) Ulloa, discours philosophique, tome II, Disc, xxn, p. 126, et Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, t. îlf ch. x, p. 144.

(2) De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, tome II, liv. m, chap. vin, p. 377 et 878. — Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale , tome II, ch. x, p. i3, 17, i5a et i63.

(3) Azara, ibid., p. 52.

(4) Bougainville, Voyage autour du monde, première part, ch. vin, tome T, p. 164, t65 et 166.

formées de peaux de vache ou de buffle , fixées sur quatre piquets ; et , quand ils voyagent , ils en chargent leurs chiens , comme les peuplades de l'Asie boréale (4). •

De tous les hommes qui habitent* l'Amérique méridionale , il n'en est point dont les facultés intellectuelles soient moins développées que ceux qui vivent sur le détroit de Magellan ou sur la terre de Feu. Placés sous un climat plus rigoureux que celui de la Norvège , ils ne savent se vêtir qu'en jetant sur leurs épaules une peau de veau marin (â). Leurs cabanes consistent en quelques pieux plantés en terre-, inclinés les uns sur les autres par leurs sommets et formant une espèce de cône , et sur lesquels ils jettent du côté du vent, quelques branchages ou un peu de foin (3). Sans autre industrie que celle qui leur est nécessaire pour faire leurs instrument de pêche , ils ne donnent à leurs alimens aucune préparation .et dévorent le poisson crû et la viande pourrie. Les objets dont ils se nourrissent et la saleté dans laquelle ils vivent , leur font exhaler une puanteur horrible (A).

(1) De Humboldt, Essai polit, sur la Nouvelle- Espagne, t. II , liv. ni , ch. vm , p. 377 et 378. — Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale , tome II, ch. x, p. îa.

(2) Wallis , Relation d'un Voyage fait autour du monde , ch. 11, tome II, p. 65 et 66.

(3) Cook, premier Voyage, Iiv. i, ch. v, t. II, p. 335.

(4) Wallis , Relation d'un voyage fait autour du monde, tome II, ch. n, p. 44, 45, 65, 66 et 67.

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