‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 99 sur 276 · LIVRE III , CHAPITRE XII. îgS · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE XII. îgS

au reste, dans la nature du sol et dans d'autres circonstances physiques , les causes qui ont retenu ces derniers peuples dans l'état de barbarie où ils sont plongés (4).

La chaleur des régions équinoxiales n'avait donc pas été un obstacle, en Amérique, au développement des facultés intellectuelles des indigènes; puisque les Mexicains, les Péruviens et quelques autres peuples avaient déjà fait beaucoup de progrès dans les arts, dans les sciences, et surtout dans le gouvernement , avant les conquêtes des Espagnols. S'il existe aujourd'hui , dans les mêmes régions, des peuples peu civilisés, il est douteux si quelques-uns de ces peuples n'ont pas été plongés dans l'état où ils se trouvent par suite d'une invasion. Enfin , ces peuples mêmes avaient déjà fait le pas le plus difficile pour sortir de la barbarie^ puisqu'ils tiraient de l'agriculture leurs principaux moyens d'existence, et que parmi eux il était extrêmement rare de rencontrer des hordes de chasseurs (â).

(1) « Les missionnaires profitent de ces occasions pour les catéchiser , dit Depons en parlant des Indiens qui vont vendre du poisson aux Espagnols ; mais s'il faut en juger par le peu de succès de leur morale depuis plus d'un siècle, ces Indiens persistent dans la vie sauvage plus par convenance que par l 'ignorance des avantages que promet la vie civile. » Voyage à la partie orientale de Terre-Ferme, tome I, ch. iv, p. 3io et 3 il. — Quels avantages en effet, s'ils sont tels que nous les décrit M. de Humboldt et Depons lui-même !

(i) « vSous la zone torride, dit M. de Humboldt, les peu-

ig4 TRAITÉ DE LÉGISLATION.

En se dirigeant vers des climats tempérés ou froids , on ne rencontre aucun peuple qui ait fait dans les sciences et les arts plus de progrès que les Péruviens et les Mexicains. Les indigènes du Brésil et ceux de l'Uruguay ou Paraguay, placés entre le vingtième et le trentième degré de latitude australe , faisaient partie de la nation des Guaranis , et avaient peut-être dépassé ceux dont je viens de parler. L'art de l'agriculture , quoique dans l'enfance , leur fournissait leurs principaux moyens d'existence. Ils avaient déjà converti la terre en propriétés privées , et ils tiraient de la chasse ou de la pêche ce que le sol ne pouvait pas leur fournir (A). Ces peuples , attachés à la terre par la culture , furent plus facilement asservis que ceux qui n'étaient pas encore arrivés au même degré de civilisation (â).

Les nombreuses peuplades qui vivent depuis le trente-sixième degré de latitude australe , jusqu'au détroit de Magellan , vers le cinquantecinquième degré, ont toujours été complètement étrangères à l'agriculture. Celles qui habitent sur les bords des fleuves ou de la mer, tirent de la pêche la principale partie de leurs subsistances; celles qui vivent dans l'intérieur des terres ,

pies chasseurs sont extrêmement rares. >; Voyage aux régions équinoxiales, liv. m, ch. ix, tome III. p. '297 et 298.

(1.) Robertson's Hist. of America, vol. II, p, 396.

(2) Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale, tome II, ch. xi, p. 176 et 177.

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