LIVRE III, CHAPITRE XII. îgg
sont peut-être un peu plus avancées que les Esquimaux ; mais elles le sont beaucoup moins tjue celles qui habitent depuis le quarante-huitième degré jusque vers le trente-sixième. Les premières vivent de chasse et de pêche ; mais elles sont entièrement étrangères à l'agriculture. Les hommes poursuivent les animaux, ou leur tendent des pièges j ils tuent le poisson à coups de lance; les femmes vont à la pêche avec des filets. Les peuplades plus rapprochées du sud, ont également la ressource de la pêche et de la chasse , mais , en même temps , elles cultivent la terre . Plus elles se rapprochent des pays chauds , plus aussi la portion d'alimens que leur fournit l'agriculture est considérable, comparativement à ce qu'elles retirent de la chasse et de la pêche.
Les nombreuses peuplades qui étaient répandues dans cette partie de l'Amérique , à l'arrivée des Européens, cultivaient la terre en commun, et en déposaient les produits dans des magasins publics, de la même manière que plusieurs des peuplades qui habitaient entre les tropiques ; et quoique ce mode de culture soit très-peu favorable aux progrès de la civilisation , il leur donnait le moyen de faire d'immenses provisions. Dans les guerres qui avaient lieu entre ces peuples, un des premiers soins des vainqueurs , comme chez les Romains , était de ravager les moissons des vaincus ou de brûler leurs magasins, afin de les affamer. Les Européens , qui prenaient parti tantôt pour les uns et tantôt pour
les autres , les secondaient toujours dans ce genre de destructions : « Nous fûmes occupés pendant cinq ou six jours , dit un officier français qui, dans le dix-septième siècle, se trouvait dans une de ces guerres, à couper le blé d'Inde avec nos épées dans les champs. De là , nous passâmes aux deux petits villages de Thegaronhiers et Danoncaritaouis , éloignés de deux ou trois lieues du précédent. Nous y fîmes les mêmes exploits (4). » Charlevoix raconte que des. soldats, après avoir déjà fait beaucoup de ravages , découvraient encore des magasins creusés dans la terre , suivant la coutume des sauvages, et qui étaient tellement remplis de grains , qu'on aurait pu fcn nourrir toute la colonie (du Canada) pendant deux ans. Les Indiens qui occupaient le territoire situé entre le Canada et le golfe du Mexique, paraissent avoir été un peu plus civilisés (â).
Les côtes nord-ouest de F Amérique présentent
(i) Lahontan, Voyage dans l'Amérique septentrionale, t. I, lettre xm, p. 101.
(a) Charlevoix , Nouvelle-France, t. II, liv. îx, p. i58.
Voyez , sur l'agriculture des indigènes de l'Amérique du nord, Lahontan, Voyage dans l'Amérique septentrionale, 1. 1, p. 100, 117, 161 et 170; et tome II, p. 110 et i53. — Charlevoix, Nouvelle-France, tome I, liv. iv, p. a3o; tome II, liv. ix, p. ï58; liv. x, p. a5a; liv. xi, p. 355; t. III, liv. xvi, p. a53 et i$5 ; tome IV, liv. xx, p. 119 ; — Weld, Voyage au Canada, t. ÎII. ch. xxxiv, p. 3a; — Lervis et Clarke, Voyage à l'océan Pacifique , p. 71 , 73, 83, 84, 94> 4°2> l\'io et 421*