LIVRE III, CHAPITRE XII
un phénomène remarquable : celui d'une population dont l'industrie et les facultés intellectuelles ont reçu un développement considérable, au milieu de peuplades qui sont restées ou descendues dans 1 état de barbarie le plus grossier. Les Tchinkitanés , placés entre le cinquantième et le cinquante-cinquième degré de latitude nord, et dont quelques-uns se sont même élevés jusqu'au soixantième degré , sur les bords de la rivière de Cook, sont un peuple qui se distingue de tous ceux de la même race qui habitent le continent américain (4). Sans autre secours que celui du feu , et des outils qu'ils ont formés avec de la pierre, des os de quadrupèdes, des arêtes de poisson , et des peaux rudes de cétacées, ils parviennent à construire des maisons à deux étages, de cinquante pieds de longueur , de trente-cinq de profondeur, et de quatorze de hauteur ; ils forment des planches longues de vingt -cinq pieds , larges de quatre pieds , et épaisses de deux pouces et demi ; ils exécutent des sculptures en boîs , au moyen desquelles ils représentent des hommes, des oiseaux ou d'autres animaux ; ils peignent l'extérieur de leurs maisons , et ornent l'intérieur de tableaux ; ils filent et tissent le poil des animaux, et se servent de leurs tissus pour
— Hennepin, Description de la Louisiane, p. 83, 84, 137 et i38. — Charlevoix, Nouvelle-France, tome III liv. xni, p. 22 et 23 ; tome IV, liv. xx. p. 192.
(1) G. Dixon, Voyage autour du monde, tome II, pages 1 1 et 12.
faire des manteaux ; ils taillent la serpentine et lui donnent le poli du marbre; ils fabriquent des flûtes et un instrument de musique qui a quelque ressemblance avec la harpe. Ce peuple met de l'ordre dans le commerce qu'il fait avec les Européens, et n'est ni bruyant, ni importun. Il est vêtu à l'européenne ; et, dans ses échanges, il donne la préférence aux habits, aux armes, et aux vases propres à la préparation de ses alimens (1).
Mais, sur les mêmes côtes, soit qu'on s'élève, vers le nord ou qu'on descende vers le sud , on trouve des peuplades qui sont presque aussi misérables et aussi stupides que celles qui habitent la terre de Feu, des peuplades dont les habitations offrent l'aspect le plus dégoûtant , et qui se nourrissent des alimens les plus grossiers (2).
A quelles causes faut-il attribuer la supériorité d'intelligence des Tchinkitanéens ? Le savaitf qui a publié les voyages du capitaine Marchand , a pensé que ce peuple descend de Mexicains qui se réfugièrent sur ces côtes , à l'époque de l'invasion des Espagnols. M. de Humboldt ne croit
(1) La Pérouse, Voyage autour du monde, t. II, ch. ix , page 2*33. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, t. II, ch. iv, v et vi, p. 4-236. — G. Dixon, Voy. autour du monde, t. II, p. m et 24, — Cook, troisième Voyage, liv. iv. ch. 111; t- v,p. 139 et 161.
(2) G. Dixon, Voyage autour du monde, tome I, p. 435 et 439. — Vancouver, Voyage à la côte nord-ouest de FAînérique septentrionale , tome II, p. 24-25.