LIVRE III, CHAPITRE XII
point que des fugitifs aient pu parcourir l'immense distance de trente degrés de latitude pour chercher un refuge sur des côtes stériles ; mais n'aurait-il pas existé 9 en Amérique 3 d'autres nations civilisées plus rapprochées du nord , qui auraient péri avant même que la nation mexicaine eût succombé ? Les nombreuses fortifications découvertes sous les latitudes les plus favorables de l'Amérique septentrionale, donnent à cette opinion beaucoup de probabilité (i).
Lorsque des événemens violens , comme sont
(i) On a découvert, sur le Missouri, une fortification de mille deux cent cinquante toises de long , et parallèle à cette rivière. « La description de cette fortification correspond exactement avec celle des nombreuses fortifications anciennes, découvertes dans la partie de l'ouest, et qui sont représentées comme étant généralement d'une forme oblongue, et situées dans une position forte et bien choisie , en même temps qu'elles sont contiguës à quelque rivière. D'après l'examen qui a été fait de ces ouvrages, on a supposé qu'ils avaient été construits depuis plus de mille ans, ou sept cents ans avant la découverte de l'Amérique par Colomb. Il paraît qu'ils ont tous été érigés à la même époque dans toute la vaste étendue ou du moins dans la plus grande partie du pays borné par les monts Alleghany à l'est, par les montagnes pierreuses à l'ouest, et qui sont placées sous les latitudes les plus favorables de l'Amérique septentrionale. » Lewis et Clarke , Voyage à l'océan Pacifique, ch. ni , p. 40
Il existe dans l'Amérique méridionale , comme sur le Missouri et à l'ouest des monts Alleghany, des traces d'un peuple plus civilisé que les habitans actuels, et qui avait disparu même avant la conquête des Espagnols. De Humboldt, Voy. aux régions équinoxiales, iiv. xvi, ch. vu, t. VI, p. 65 et 66'
les invasions et les conquêtes , ne troublent pas Tordre que la nature suit dans toutes ses créations, la civilisation ne se répand que graduellement sur la surface de la terre. S'il se forme quelque part un foyer de lumières , et si les peuples ne sont pas séparés par des déserts inhabitables ou par des montagnes inaccessibles, on ne passe pas Subitement d'un jour éclatant à des ténèbres profondes. Tout ce qui environne le lieu où le foyer s'est formé , en est d'abord éclairé ; la lumière s'affaiblit à mesure qu'on s'éloigne , et enfin on arrive à un point où elle ne peut plus parvenir. Ce n'est pas seulement en considérant les peuples en masse , qu'on s'aperçoit de cette gradation ; on l'observe aussi dans chaque état particulier ; chez tous les peuples , on trouve des centres de lumière plus ou moins grands , dont l'effet diminue à mesure qu'on s'éloigne. Or, quel a été en Amérique le climat sous lequel s'est formé le premier centre de lumière , celui sous lequel les facultés intellectuelles de l'homme ont reçu les premiers développemens ? C'est entre les tropiques , sous la zone torride : la civilisation semble s'être répandue de là dans des lieux tempérés et d'une culture facile ; mais elle n'est jamais arrivée dans les pays froids. On ne trouve dans la partie la plus septentrionale de l'Amérique , aucun monument qui atteste une ancienne civilisation (4).
(i) Volney , Tableau du climat et du sol des Etats-Unis.