CHAPITRE XIÏI
Du développement intellectuel acquis , sous différens degrés de latitude , dans les îles du grand Océan , par des peuples d'espèce malaie , et par des peuples d'espèce éthiopienne.
Nous observons chez les peuplades qui habitent les îles nombreuses du grand Océan, un phénomène analogue à celui que nous avons observé sur le continent américain. Ces peuplades, à un très-petit nombre d'exceptions près , appartiennent à la même espèce; elles ont la même organisation physique ; elles parlent des dialectes de la même langue. Leur origine commune est, à ce qu'on suppose , peut-être sans beaucoup de raison, la presqu'île de Malaca, à l'extrémité australe de l'Asie , entre le deuxième et le dixième degré de latitude boréale. C'est sous la zone torride que, la race malaie , comme la race américaine, a manifesté les premiers développemens intellectuels.
Lorsque les Européens ont visité pour la première fois les îles du grand Océan situées entre les tropiques, tous les insulaires ignoraient l'usage ou même l'existence des métaux ; ils ne
possédaient par conséquent aucun des outils à l'aide desquels nous exécutons tous les divers objets qui nous sont nécessaires , et sans lesquels nous ne serions peut-être pas plus avancés que ne l'étaient la plupart des indigènes de l'Amérique septentrionale , à l'arrivée des Européens. De tous les animaux domestiques qui concourent à l'exécution de nos travaux, ou qui nous servent d'alimens , ils ne possédaient que des chiens , des poules et des cochons ; et ils n'avaient aucun de nos légumes ni de nos grains. Cependant, ils ne tiraient de la chasse aucune ressource , et la pêche était abandonnée à la partie la plus misérable de la population. Leurs outils consistaient en pierres tranchantes, en morceaux de coquilles, en dents de requin et en peaux de raie : c'est à l'aide seule de ces outils qu'ils avaient été obligés d'abattre des arbres , de défricher le sol , de fabriquer leurs armes, de tisser leurs toiles, de construire leurs pirogues et leurs maisons (1). Les arbres qu'ils avaient à abattre et à façonner avaient souvent huit pieds de circonférence dans le tronc, et quatre dans les branches (â) ; le sol
(i) La Pcrouse, Voyage autour du monde ,» tome III, ch. xxv, p. 275 et 277. — Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand, tome I, ch. 11, p. 190.— Bougainville, Voyage autour du monde^ tome II, deuxième partie, ch. m, p. 62. — Labillardière, Voyage à la recherche de la Pérouse, t. IT, ch. xii, p. 1 18 et 1 44-
(3) Cook, premier Voyage, tome II, Hv. 1, ch. xvni, p. 59o.