LIVRE III, CHAPITRE XIII
qu'ils avaient à défricher était souvent dur, couvert d'arbres et de broussailles (4). «
Ayant jie si faibles moyens d'exécution, étant placés sous un climat jugé si défavorable au développement de l'intelligence, et appartenant à une espèce dont on croit les facultés intellectuelles moins susceptibles de perfectionnement que les nôtres, ces peuples étaient-ils restés ou retombés dans l'état sauvage? Ceux qui sont placés sous Téquateur avaient-ils fait moins de progrès que ceux qui en sont plus ou moins éloignés?
Les peuples des îles Marquises , qui , suivant les témoignages des voyageurs, sont les plus beaux qu'oi#ait rencontrés sur le grand Océan, sont agriculteurs , comme le sont presque tous ceux qui se trouvent entre les tropiques. Nous possédons peu de documens sur leur agriculture; nous savons cependant que chez eux la terre est partagée avec plus d'égalité que dans au-
(i) Le défrichement qui précède une plantation, dit Cook en parlant des habitans de Tanna, doit être un travail bien pénible , en considérant les instrumens aratoires dont se servent les habitans , et qui , quoique inférieurs à ceux des îles de la Société, sont faits sur le même modèle. Leur pratique néanmoins est judicieuse et aussi expéditive qu'elle peut l'être.' Ils coupent les petites branches des grands arbres, creusent la terre sous les racines, et ils brûlent les branches, les arbustes et toutes les plantes qu'ils déracinent. Cook, deuxième Voyage, tome IV, ch. v, -p. 292. — Ce peuple, placé sous le dix-neuvième degré trente-deux minutes de latitude australe, appartient à une variété de nègres.
cun autre archipel ; que les propriétés sont , mieux garanties ; que le sol, qui consiste en un riche terreau, est couvert de belles plantations de bananiers ou de bocages d'arbres fruitiers. La pêche, qui forme la principale ressource des peuples sauvages placés sur les bords des lacs ou des fleuves, est dédaignée dans ces îles par quiconque possède une portion de terre suffisante à son entretien (4). Les ustensiles, les meubles, les vêtemens, les parures, tout annonce dans les hommes qui les inventèrent, et dans ceux qui les fabriquent, de l'intelligence et de l'industrie; les instrumens de pêche diffèrent peu des nôtres (2). Nous pourrons juger, au reste, de leur agriculture, de leurs habitations#et de leurs pirogues, par celles des peuples qui sont les plus rapprochés d'eux et que nous connaissons mieux.
Les îles des Navigateurs, qui ne sont qu'au treizième degré de latitude australe, sont remarquables par la propreté des villages et des habitans : La Pérouse, qui les visita, en fut saisi d'admiration. Il s'écarta des gens de son équipage, d'environ deux cents pas, pour aller visiter un village placé au milieu d'un bois, ou plutôt d'un verger, dont les arbres étaient chargés de
(i) Krusenstern, Voyage autour du monde, tome I, ch. ix, p. 204 et 220. — Forster, cité dans le deuxième voyage de Cook, tome III, ch. iv, p. 197 el 200.
(a) Fleurieu, Voyage du capitaine Marchand , t. I, ch. 11, p. 190.