‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationairesChapitre 107 sur 276 · LIVRE III, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIII

fruits. Les maisons étaient placées sur la circonférence d'un cercle d'environ cent cinquante toises de diamètre, dont le centre formait une vaste place, tapissée de la plus belle verdure; les arbres qui l'ombrageaient entretenaient une fraîcheur délicieuse (1). « L'imagination la plus riante, dit-il, se peindrait difficilement des sites plus agréables que ceux de leurs villages : toutes les maisons sont bâties sous des arbres à fruits , qui entretiennent dans ces demeures une fraîcheur délicieuse. Elles sont situées au bord d'un ruisseau qui descend des montagnes, et le long duquel est pratiqué un sentier qui s'enfonce dans l'intérieur de l'île (â) » .

Ces insulaires ont pour objet principal dans leur architecture de se préserver de la chaleur , et ils savent joindre l'élégance à la commodité. Leurs maisons, assez grandes pour loger plusieurs familles, sont entourées de jalousies qui se lèvent du côté du vent, et se ferment du côté du soleil. Les insulaires dorment sur des nattes très-fines, très-propres et parfaitement à l'abri de l'humidité. « J'entrai dans la plus belle de ces cases , qui vraisemblablement appartenait au chef, dit encore LaPérouse, et ma surprise fut extrême de voir un vaste cabinet de treillis, aussi bien exécuté qu'aucun de ceux des environs de Paris. Le

(1) La Pérouse, voyage autour du monde, t. IJI, ch. xxiv, p. a35 et 236.

(2) La Pérouse, ch. xxv, p. 282.

meilleur architecte n'aurait pu donner une courbure plus élégante aux extrémités de l'ellipse qui terminait cette case. Un rang de colonnes, à cinq pieds de distance les uns des autres, en formait le pourtour : ces colonnes étaient faites de troncs d'arbres très-proprement travaillés, entre lesquels des nattes fines artistement recouvertes les unes par les autres en écailles de poisson, s'élevaient ou se baissaient avec des cordes comme nos jalousies. Le reste de la maison était couvert de feuilles de cocotier (1). »

Ces peuples fabriquent des nattes très-fines , des toiles qui possèdent la souplesse et la solidité des nôtres, des meubles* de bois si bien polis , qu'ils semblent couverts du vernis le plus fin. Ils construisent aussi des pirogues ; mais elles sont moins grandes que celles qui sont construites dans d'autres îles. Les plus communes ne portent que cinq ou six hommes ; les plus grandes n'en portent pas au-delà de quatorze (2). Tous les villages étant situés sur les bords de la mer, les insulaires ne communiquent entre eux qu'au moyen de leurs pirogues. On ne pénètre dans l'intérieur du pays que par de petits sentiers ; et La Pérouse n'a pu voir l'état de l'agriculture.

Les babitans des îles de la Société ne sont pas

(1) La Pérouse, Voyage autour du monde , tome III, chapitre xxiv, p. 235 et 236.

(2) Ibid., tome III, ch. xxv. p. 275 et 28 1 .

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