LIVRE IÏI, CHAPITRE XIII. 2JL
moins avancés que ceux des îles des Navigateurs 5 avec les mêmes instrumens, ils fabriquent les mêmes objets, mais leurs pirogues sont beaucoup plus grandes. Les terres dans ces îles sont partagées et bien cultivées 5 les habitans les arrosent en élevant l'eau par le moyen d'écluses. Le soin qu'ils mettent à extirper des champs les plantes inutiles, est tel, que dans une excursion de trois jo\irs faite dans l'intérieur des terres, des naturalistes n'ont pu trouver que trois plantes différentes (1).
Ces peuples , au moyen de leurs pirogues, font des voyages de quatre cents lieues; ils sont guidés par le soleil pendant le jour, par les étoiles pendant la nuit (2) , et par la direction des vents quand le temps est couvert (3). Ils distinguent les étoiles par des noms particuliers ; ils connaissent la partie du ciel dans laquelle elles paraîtront , à chacun des mois où elles sont visibles sur l'horizon ; enfin , ils savent l'époque de l'année où elles doivent se montrer et disparaître ÇA). La
( 1) Cook, deuxième Voyage, tome II, pages 45, 46, 47 et i35.
(2) Bougainville , Voyage autour du monde, deuxième partie, ch. m, tome II, p. 68. — Dentrecasteaux , Voyage à la recherche de La Pérouse , tome I, ch. xiv, p. 3 £ i.
(3) Cook, troisième Voyage, liv- n, ch. x, tome III, p. 79 et 80.
(4) Cook, premier Voyage, liv. 1, ch. xviu , tome II, p. 601 , et Bougainville, deuxième partie, ch. m, tome II, p. 08.
grandeur et la solidité des pirogues avec lesquelles ils voyagent et commercent entre eux, sont telles , qu'au jugement de Cook, il n'est pas plus difficile de construire un grand navire avec nos instrumens , que de construire une de ces pirogues avec les outils que possédaient les habitans de ces îles, à l'arrivée des Européens (4). Enfin, à la même époque ces peuples avaient déjà fait des progrès en chirurgie et en médecine; ils avaint des élémens dé calcul; ils employaient le système décimal, et pouvaient compter jusqu'à deux mille (â).
Nous trouvons le même développement intellectuel chez les habitans des îles des Amis. Les terres y sont partagées , environnées de haies et couvertes de plantations. On n'y voit de terres incultes que celles que les habitans croient avoir besoin de laisser reposer, et elles sont peu considérables. Les propriétés, dit Dentrecasteaux, y sont marquées et garanties par des enclos beaucoup mieux faits encore que ceux d'Amboine (3). Le pays est percé de routes larges , unies , environnées de haies , et garanties
(1) Cook, troisième voyage, liv. ni, ch. vin, tome IV, p. gi. — Wallis, Voyage autour du monde y ch. vni, t. II, p. 194 et ig5.
(2) Cook, premier voyage, liv. x, ch. xix, tome II, p. 6o3, 604, 611 et 6i3.
(3) Denîrecasteaux, Voyage à la recherche de la Pérouse, iomc I, ch. xiv, p. 3 18. — Labillardière , ch. xn , tome II, p. 149-