LIVRE III, CHAPITRE XIV
et sur les bords glacés des fleuves qui se dirigent vers le pôle arctique, sont aussi barbares que celles qui habitent sur le plateau central. Quelques voyageurs les ont nommées les Hottentots du nord ; d'autres les ont comparées aux peuples les plus sauvages de l'Amérique. Les Russes, qui sont parvenus sans peine à les subjuguer, ont établi quelques petites villes sur quelques points de ces vastes contrées, et y cultivent quelques céréales. Mais jamais ils ne parviendront à changer ni la nature du sol, ni la température du climat, ni la direction des fleuves ; et aussi longtemps que la nature restera immuable, les peuples seront obligés de conserver leur manière de vivre (i).
La partie nord-est de l'Asie, soumise à la Russie depuis plus d'un siècle, n'est pas sortie et ne sortira probablement jamais de la barbarie où elle était au moment de la conquête. On n'aperçoit encore au Kamtschatka , ni jardins, ni prés, ni plantations, ni enclos qui annoncent quelque culture, quoique la terre y soit très-fertile. On n'y trouve pas un chemin battu, pas un simple sentier, sur lequel on puisse marcher sans danger; on n'y voit que quelques misérables cabanes tombant en ruine, des habitations souterraines, et quelques poutres sur lesquelles on passé les ruisseaux. Ce sont là les seuls progrès que la civilisation y ait faits ; car l'industrie des
(1) Voyez le Voyage de Pallas.
habitans s'y borne encore à l'art de prendre le poisson nécessaire à leur subsistance, et quelques bêtes sauvages dont ils vendent les fourrures (4).
Les côtes de Tar tarie sont si peu habitées , que quelques voyageurs ont pensé qu'elles étaient complètement désertes (â). Les hommes qu'on y rencontre sont un peu plus avancés que les habitans du Kamtschatka, placés sous un climat plus rude. Ils tirent de la chasse et de la pêche tous leurs moyens d'existence; mais ils échangent une partie de leurs produits contre quelques marchandises de la Chine. Ces peuples sont si peu nombreux, et leurs objets d'échange sont tellement restreints, que, sur des côtes qui ont un développement de plus de deux mille lieues, on ne parviendrait pas à compléter le chargement d'un vaisseau de trois cents tonneaux (5). Leurs vêtemens sont faits de peaux de chien ou de poisson , et quelquefois de nankin (4) ; leurs cabanes sont faites de tronçons de sapins, et couvertes d'écorces d'arbres. Le climat y est si froid, qu'il y tombe delà neige au milieu de l'été.
On ne peut observer les gradations que la civi-
(i) Krusenstern , Voyage autour du monde, tome II, ch. xxi, 1288 et 290. — La Pérouse, tome III, ch. m, p. 208. (a) Broughton, Voyage de découvertes , t. liv. 11, ch. vi,
(3) La Pérouse, tome III, ch. xxi, p. i5o et iSï.
(4) La Pérouse, tome III, ch. xix, p. io5 et 106, et t. IV,