LIVRE III, CHAPITRE XIV. 'i
laisse peu le moyen de les juger. Cependant , on voit chez eux quelques champs de maïs et de millet (4), ce qu'on ne rencontre pas chez les peuples de même race plus avancés vers le nord. ,
Les îles du Japon, plus rapprochées encore du sud et placées entre le quarante-unième et le trente-deuxième degré de la même latitude, jouissent d'une civilisation si ancienne que nous en ignorons l'origine. La population de ces îles , qu'on estime de quinze à trente millions , avait déjà fait des progrès très-grands dans les arts , dans le commerce et surtout dans l'agriculture , lorsque les Européens la visitèrent pour la première fois.
A environ dix degrés au sud du Japon, il est des îles où la civilisation paraît plus avancée encore, Le voyageur qui les a visitées n'a pas été admis à en parcourir l'intérieur ; mais la manière dont il a été reçu par les habitans, la propreté de leurs maisons et de leurs meubles ; la richesse de leurs vêtemens ; l'empressement avec lequel ils lui ont fourni tout ce qu'il leur a demandé; le désintéressement avec lequel ils lui ont donné les vivres de tout genre dont il avait besoin pour son équipage, annoncent un peuple très-éloigné de la barbarie. Il est douteux si des voyageurs inconnus «qui se présenteraient, en état de détresse, dans quelque port de l'Europe que ce soit,
(1) Broughton, tome I, liv. 1, ch. 5 p. 1/^2, 145 et 162.
y recevraient un accueil aussi hospitalier, aussi bienveillant (4),
Les peuples qui habitent les régions froides de l'Asie n'ont donc jamais cessé d'être barbares ; ceux, au contraire, qui sont placés sous la zone torride ou sous une zone tempérée, ont une civilisation si ancienne, que nous n'avons aucun moyen d'en connaître l'origine. Les progrès de ces peuples remontant à une époque plus reculée que les plus vieux de nos monumens historiques, il nous est impossible de savoir quelle est la marche que la civilisation a suivie parmi eux, Nous ignorons, et probablement nous ne saurons jamais si les facuhés de l'esprit humain se sont développées en même temps chez les Indous, chez les Chinois, chez les Perses et chez les peuples de l'Asie occidentale; ou si quelqu'un de ces peuples a précédé les autres , s'il leur a fait part de ses lumières ; mais nous pouvons affirmer du moins, sans craindre de nous tromper , qu'aucun de ces peuples n'a reçu la lumière, ni des habita ns de l'Asie centrale, ni de ceux de l'Asie boréale.
Les Indous paraissent n'avoir fait aucun progrès depuis près de deux mille ans. Il ne s'agit pas ici de savoir pourquoi ils so,nt restés stationnâmes : c'est un phénomène dont je pourrai indiquer ailleurs quelques-unes des «èauses; je veux seulement faire observer que ce peuple
(i) Droughton, tome II, liv. n, ch. U et m