LIVRE III, CHAPITRE XIV. 2ÛJ
coite et à triompher, par leurs richesses, du pauvre cultivateur, jusqu'à ce qu'ils l'aient enfin réduit à l'état de simple manœuvre (1).
Les Chinois ne manquent ni de génie' pour concevoir, ni d'adresse pour exécuter ; ils ont l'esprit vif et la conception facile ; ils portent au plus haut degré le talent de l'imitation (â). Ils sont si actifs et si industrieux , que , dans la colonie hollandaise de Batavia , ils exercent seuls tous les arts et tous les métiers (3). Il n'existe point en Chine, comme dans quelques états européens, de grands capitalistes qui fassent travailler pour leur compte des multitudes d'ouvriers, et il y a très-peu de villes manufacturières ; en général , chacun exerce sa profession pour son propre compte (l). Cet état de l'industrie tiendrait-il à ce qu'il n'y a jamais eu, dans ce pays , de ces monopores qui enrichissent quelques individus aux dépens de la masse de la population ? Tiendrait-il à d'autres causes qui ont pour résultat de rendre les fortunes plus égales qu'elles ne le sont parmi nous? Les voyageurs gardent le silence sur ces questions, et je ne tenterai pas de les résoudre ; je dois me borner à faire observer que les grandes fortunes mobilières sont souvent pro-
( i) Voyage en Chine et en Tartarie, tome III, ch. iv, p. 258 et a5g.
(2) Barrow, Voyage en Chine , tome IL, ch. vu, pages 53 et 54.
(3) Ibid.y tome I, ch. iv, p. 297.
(4) Ibid., tome III,, ch. xni, p. 106.
duites par des causes analogues à celles qui ont produit la plupart des grandes fortunes territoriales.
LeS sciences ne paraissent pas faire en Chine les mêmes progrès que dans quelques états de l'Europe ; il en est quelques-unes qui y sont même complètement ignorées (4 ) ; mais si les connaissances y sont moins profondes , elles y sont peutêtre répandues d'une manière plus égale. On trouve , dans chaque ville , outre une salle d'audience où l'on entend toute personne qui a quelque plainte à porter, et un grenier pour les temps de disette, une bibliothèque ouverte à tous ceux qui veulent en profiter , et un collège où l'on examine les étudians (2). Les multiplications des ouvrages classiques et des écrits qui appartiennent à la littérature légère, y tiennent les presses dans une activité continuelle. Enfin, pour parvenir au pouvoir, aux honneurs et à toute espèce d'emplois publics , il n'y a pas d'autre route que l'étude de la politique, de l'histoire et de la morale (3).
Il est , en Chine , un art dont l'imperfection a frappé les voyageurs européens : c'est l'architecture. En général, les maisons n'y ont qu'un étage ; les ministres n'y sont pas mieux logés que
(1) Mac-Leon, Voyage de YAlceste , ch. vi, page 197. — Macartney,tome V,ch. i, p. 222. — Barrow, tome II, ch. vn? p. 18 et a3.
(2) Macartney, tome III, ch. iv, p. 263-
(3) Tbid., ch. m, p. i65 et 169.